Richard Lorion a pris la tête de l'École supérieure d'ingénieurs Réunion Océan Indien (ESIROI) le 1er janvier 2026 pour un mandat de cinq ans. Parmi ses premières décisions : nommer François Garde, son prédécesseur, au poste de directeur adjoint aux affaires générales. Un choix qui interpelle, puisque François Garde venait d'être sanctionné disciplinairement et fait l'objet de plaintes pénales.
La décision de la section disciplinaire, rendue le 20 novembre 2025, est sans ambiguïté. Les quatre professeurs des universités chargés d'instruire le dossier ont conclu que François Garde « est coupable de fautes disciplinaires s'agissant des motifs de risques psychosociaux, de posture managériale et de conditions de fonctionnement et de remise en cause du bon fonctionnement de l'établissement ». La sanction prononcée à la majorité est un abaissement d'échelon — troisième degré sur une échelle de sept allant du simple avertissement à la révocation. Elle est « immédiatement exécutoire nonobstant l'appel ». François Garde a contesté la décision devant la formation disciplinaire du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER).
Les juges disciplinaires ont retenu que le directeur avait « dépassé les limites de l'exercice normal de son autorité hiérarchique, managériale et de direction », notamment « en instrumentalisant les procédures collégiales, en faisant intervenir des personnes n'ayant pas la légitimité pour apprécier la spécialité, en abusant de son droit sur l'affectation des agents et plus généralement en remettant en cause le bon fonctionnement de sa propre école dans le but d'arriver à en exclure » un professeur. Ils ont également relevé que « les comportements du directeur ont également provoqué des RPS à l'égard d'autres agents de l'ESIROI », des faits toutefois couverts par la prescription triennale en matière disciplinaire.
L'affaire s'inscrit dans une histoire déjà chargée. Ouverte en 2008, l'ESIROI a traversé des crises à répétition dès ses premières années : plaintes pour harcèlement moral, démissions en cascade de deux présidents et d'un directeur, grève de la quasi-totalité des agents administratifs et techniques en septembre 2019. François Garde, responsable du département Bâtiment et Énergie depuis 2010, avait exercé des fonctions d'administrateur provisoire avant d'être nommé directeur en novembre 2020 par Frédéric Miranville, alors président de l'Université de La Réunion.
C'est sous sa direction que la situation s'est dégradée pour un directeur adjoint spécialisé en agroalimentaire. Écarté de réunions stratégiques, visé par des mises en cause publiques de ses compétences, il a vu sa délégation réduite à un an au lieu de trois en octobre 2023. Un courrier de son avocat décrit qu'il « est la cible régulière et systématique de dénigrements ». En mai 2024, il a déposé des plaintes répétées auprès de la procureure de la République de Saint-Denis pour harcèlement moral. Une enquête administrative conduite entre octobre et novembre 2024 avait déjà pointé « une posture professionnelle et managériale inadaptée » et confirmé « la présence effective de risques psychosociaux », recommandant un audit externe « en raison de la redondance des signalements pour suspicion de harcèlement moral au sein de l'ESIROI ».
La nomination de François Garde par Richard Lorion a eu un effet immédiat : le professeur plaignant a quitté l'ESIROI en début d'année, estimant que la coupe était pleine. Richard Lorion n'est pas un inconnu de l'établissement — il en avait été l'administrateur provisoire en 2015, en parallèle de ses fonctions de directeur de l'IUT de La Réunion, poste qu'il a occupé pendant dix ans. Il était également candidat malheureux à la présidence de l'Université de La Réunion. Un entretien avec Richard Lorion et François Garde est disponible sur Zinfos974.


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