La Chambre de commerce et d'industrie (CCI) Réunion et les barreaux de Saint-Denis et de Saint-Pierre ont signé mardi une nouvelle convention de partenariat destinée à renforcer l'accompagnement juridique des entreprises réunionnaises. Ce texte succède à un premier accord conclu en 2016 et adapte la coopération entre les deux institutions aux réalités auxquelles font face les dirigeants aujourd'hui.
Pour Pierrick Robert, président de la CCI Réunion, le besoin est réel. « Les chefs d'entreprise sont souvent experts dans leur domaine, mais ils ne le sont pas en matière juridique. Nous travaillons avec l'Ordre depuis longtemps et les avocats sont un maillon essentiel de soutien, de conseil et d'anticipation. » Il cite notamment les opérations de transmission, cessions ou reprises familiales, comme des moments où l'intervention d'un avocat s'avère déterminante.
Me Chendra Kichenin, représentante du barreau de Saint-Denis, replace la signature dans son contexte. « Cette convention arrive à point nommé entre un panel de compétences plus important de notre côté et des demandes des entreprises toujours plus précises. Nous voulons, à notre niveau, atténuer toute crise possible dans le monde économique réunionnais. »
La prévention des litiges est au cœur du dispositif. Me Frédéric Hoarau, bâtonnier du barreau de Saint-Pierre, est direct sur ce point : « La prévention est essentielle. Le rôle d'un avocat, c'est avant tout d'éviter les litiges en amont, de prévenir les difficultés avant d'arriver au monde judiciaire. » Il insiste également sur la nécessité de réunir les deux barreaux de l'île, le monde entrepreneurial relevant de deux tribunaux judiciaires distincts.
Le partenariat se traduit déjà par des actions concrètes. L'Ordre des avocats participe à la cellule d'aide aux entreprises en difficulté créée par la CCI en octobre 2025, ainsi qu'à des événements comme la Journée Entreprendre au féminin ou la Journée de l'innovation entrepreneuriale. Parmi les premiers chantiers figure la généralisation de la facturation électronique. « L'objectif est d'éviter l'engorgement des cabinets pour faciliter la mise en œuvre de cette réforme qui interviendra dans les prochaines semaines », précise Pierrick Robert.


7 commentaires
La convention de 2016, on en a pas beaucoup entendu parler à l'époque. Peut-être que celle-là sera différente, on verra. La mer, elle attend pas les bonnes intentions.
Ce qui me plaît dans cette nouvelle convention, c'est la logique de prévention qui est mise en avant. Les sociologues du droit comme Pierre Lascoumes l'ont bien montré : l'accès au droit ne se résume pas à l'accès aux tribunaux, il commence bien en amont, dans la capacité des acteurs économiques à comprendre leurs droits et obligations. La cellule d'aide aux entreprises en difficulté créée en octobre 2025 va exactement dans ce sens. Je me demande toutefois si des actions de sensibilisation seront menées dans les établissements de formation professionnelle, pas seulement auprès des chefs d'entreprise déjà en activité.
Nous dans les hauts, on jongle avec les crues, les glissements de terrain, et quand une saison est mauvaise on ne sait plus si on peut honorer nos contrats. Savoir qu'il y a des avocats accessibles pour nous expliquer nos droits avant que ça dégénère avec un acheteur ou un bailleur, ça rassure un peu. Le problème c'est que Salazie c'est loin de Saint-Denis et loin de Saint-Pierre, i fo quand même espérer que ces consultations ne se passent pas qu'en ville.
Ce genre d'initiative, ça change vraiment la vie des indépendants. Se lancer c'est déjà un beau défi, i fo pas en plus se retrouver seul face aux questions juridiques sans savoir vers qui se tourner. Contente de voir que l'écosystème se construit dans ce sens.
En métropole j'avais accès aux consultations juridiques de la CCI locale mais c'était souvent très généraliste et assez difficile de décrocher un vrai rendez-vous. Est-ce que là, avec ce partenariat, les petits exploitants comme nous qui gèrent un meublé de tourisme peuvent aussi en bénéficier, ou c'est plutôt réservé aux entreprises plus importantes ? Je pose la question parce que la partie sur les transmissions et cessions m'intéresse vraiment pour la suite.
La convention de 2016, ça fait donc presque dix ans. Le temps passe.
Ce qui me frappe dans cette convention, c'est ce que Robert Castel appelait les 'supports' dans L'insécurité sociale : l'idée que les individus, ici les chefs d'entreprise, ont besoin de relais institutionnels pour traverser les épreuves. On sous-estime chroniquement la solitude juridique du dirigeant de PME. Une librairie, une boutique de faubourg, un artisan bâtisseur, tous naviguent à vue dès qu'il s'agit de cessions ou de contrats. Ce rapprochement entre la CCI et les barreaux va dans le bon sens, même si l'article reste assez elliptique sur les modalités concrètes d'accès pour les très petites structures.