Une réunion s'est tenue mardi à la Direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) pour avancer sur le cadre d'une expérimentation de recrutement de travailleurs saisonniers étrangers dans les exploitations agricoles réunionnaises. La séance n'a pu aller à son terme, le représentant de la préfecture étant absent. Le dossier progresse malgré tout, et une première expérimentation pourrait concerner une dizaine de travailleurs d'ici à la fin de l'année.
Les filières canne, ananas et letchi sont les premières visées. Jean-Michel Moutama, président de la CGPER, résume le constat des partisans du projet : « Il y a un manque de main-d'œuvre dans la profession. Les mesures mises en place depuis plusieurs années ne fonctionnent pas suffisamment. On perd des parts de marché, on voit des terres partir en friche, des serres être abandonnées. » Il ajoute : « On ne peut pas laisser crever nos exploitations en attendant de trouver une solution miracle. »
Gaël Dijoux, producteur à Sainte-Suzanne, élu à la chambre d'agriculture, président de l'organisation de producteurs Anafruit et administrateur de l'Arifel, chiffre le besoin à plusieurs centaines de bras sur l'île. Il pense en particulier à la saison des letchis, en novembre et décembre : « On a un besoin de main-d'œuvre saisonnière, par exemple pendant 45 jours pour la saison des letchis, en novembre, décembre quand il fait le plus chaud et que les journées sont les plus longues. » Davis Naze, vice-secrétaire général des Jeunes Agriculteurs Réunion et producteur installé à Sainte-Anne, dit ne trouver qu'à peine la moitié des 20 à 25 salariés dont il a besoin chaque année pour ses récoltes d'ananas et de letchis.
Du côté de la filière ananas, David Cayrou, représentant de l'entreprise Philibon spécialisée dans l'export, estime que La Réunion ferait figure d'exception : « Il n'y a quasiment plus que La Réunion qui ne fait pas venir de main-d'œuvre étrangère pour certains travaux saisonniers. » Les professionnels précisent que ces travailleurs seraient soumis aux mêmes règles, rémunérations et protections sociales que les salariés français.
Le dispositif a un coût. Le directeur de la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DAAF), Jacques Parodi, rappelle que transport, hébergement et protection sociale des futurs saisonniers resteraient à la charge des exploitants. Seule une quote-part pourra être retenue sur le salaire des travailleurs. Une mutualisation sous forme de groupement d'employeurs est à l'étude pour répartir ces charges. Des professionnels du secteur estiment que seules les exploitations financièrement solides pourront y recourir.
Le projet divise. Dominique Clain, président de l'UPNA, se dit favorable à une expérimentation pour en évaluer les effets, mais appelle à explorer d'abord toutes les solutions locales, dans un département où plus de 170 000 personnes sont inscrites à France Travail. Jean-François Sababady, co-président du Comité paritaire canne-sucre (CPCS), reconnaît les difficultés de recrutement tout en jugeant que « faire entrer des travailleurs étrangers peut être choquant quand on voit le nombre de chômeurs à La Réunion ». Jacques Parodi, directeur de la DAAF, tempère lui aussi les attentes : « Je pense que c'est une partie de la solution. Je ne suis pas sûr que cela règle tout le problème de la main-d'œuvre agricole, mais ponctuellement cela peut être une piste. » Une nouvelle réunion doit être organisée dans les prochaines semaines pour finaliser le cadre juridique et les conditions d'accueil.


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