Le député réunionnais Jean-Hugues Ratenon a écrit le 15 juin à la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou pour dénoncer le blocage du projet de loi sur la vie chère dans les territoires ultramarins. Adopté par le Sénat le 28 octobre 2025, le texte n'a toujours pas été inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale, près de huit mois plus tard.
« C'est un véritable avis de recherche que je lance », écrit l'élu, qui réclame au gouvernement un calendrier précis pour la reprise des débats. Jean-Hugues Ratenon juge ce retard d'autant plus préoccupant que les ménages ultramarins continuent, selon lui, de subir les effets du coût de la vie élevé.
Le parlementaire rappelle qu'une TVA à 0 % sur les produits de première nécessité avait été annoncée lors d'un déplacement ministériel à La Réunion en novembre 2025, et estime que ses effets restent peu perceptibles pour les consommateurs. Il cite par ailleurs les récentes tensions sur les carburants comme facteur aggravant les difficultés économiques des familles.
Ratenon indique avoir formulé des réserves sur le contenu du texte dès sa présentation, jugeant qu'il ne couvrait pas l'ensemble des problématiques liées au coût de la vie outre-mer. Des pistes d'amélioration avaient été transmises à l'ancien ministre des Outre-mer Manuel Valls dans un courrier daté de juin 2025.
Dans sa lettre à Naïma Moutchou, le député conclut : « Nos concitoyens sont en droit d'attendre des réponses claires sur un sujet qui touche directement à leurs conditions de vie. »


8 commentaires
@Lulu, votre témoignage est précieux parce qu'il illustre exactement ce que les économistes appellent l'asymétrie de la transmission des prix, c'est-à-dire que les baisses de fiscalité montent difficilement jusqu'au consommateur final quand les structures de marché restent peu concurrentielles. À Bras-Panon on le ressent aussi dans les petits commerces. Les travaux de l'Observatoire des prix, des marges et des revenus en outre-mer documentent ce phénomène depuis des années, et pourtant le législateur peine à y apporter une réponse structurelle. C'est précisément ce vide que ce projet de loi était supposé combler, wi, et le voir stagner autant, ça interroge.
Huit mois qu'on attend et pendant ce temps mes clients me demandent pourquoi le menu déjeuner coûte autant. Ce que les touristes voient quand ils arrivent à Saint-Leu c'est un lagon magnifique, mais ce qu'ils payent à table c'est le reflet de tout ce qui coince en amont, les fournisseurs, le carburant, les marges qu'on peut même plus compresser. Ratenon a raison de secouer le cocotier, mais j'aimerais qu'on nous dise enfin une date, pas une lettre.
@Sandrine, vous soulevez un point important. Il faut préciser que la répercussion d'une exonération de TVA n'est pas automatique sur les prix de vente, le vendeur n'a aucune obligation légale de réduire ses marges en proportion, sauf si des mécanismes de contrôle spécifiques sont prévus dans le texte. C'est précisément ce détail technique qui déterminera l'efficacité réelle de la mesure pour le consommateur, et j'espère que le projet de loi l'a correctement encadré.
Moi je vends à manger sur le front de mer à Saint-Pierre, j'achète mes produits tous les matins au marché, et je vous jure que les prix i fo voir. Depuis novembre on nous a parlé de cette TVA à 0 %, mais dans mes factures fournisseurs j'ai pas vu grand chose bouger. Mes clients ils me demandent pourquoi les prix changent pas, et moi je leur explique quoi ? Que le texte est bloqué à Paris depuis huit mois ? Alé, pendant ce temps on se débrouille.
La question qui me semble centrale, c'est celle de la volonté politique réelle derrière ce texte. Un projet de loi adopté par le Sénat qui reste suspendu pendant huit mois à l'Assemblée, ça traduit soit un manque de priorité, soit des divergences de fond qu'on ne dit pas clairement. Ratenon lui-même reconnaît avoir des réserves sur le contenu, ce qui laisse entendre que même les défenseurs du texte ne le trouvaient pas suffisant. On peut légitimement se demander si un calendrier, même obtenu, débouchera sur une loi à la hauteur des attentes, ou simplement sur un affichage politique avant les prochaines échéances.
Huit mois de blocage, c'est long.
La TVA à 0 % sur les produits de première nécessité, c'est une mesure qui sur le papier peut représenter une économie significative pour les ménages, mais encore faut-il que la répercussion soit intégrale au niveau des prix en rayon. Sur le terrain, y'a souvent un écart entre le taux appliqué et ce que le consommateur perçoit réellement. Ce serait intéressant de voir les données de l'Observatoire des prix sur les mois qui ont suivi novembre 2025.
Ce qui me touche dans cette démarche, c'est que Ratenon ne lâche pas, il relance, il écrit, il interpelle. Pour nous qui essayons de lancer quelque chose ici au péi, la vie chère c'est un frein réel au quotidien, pas juste un sujet politique. Espérons que cette fois ça aboutisse à quelque chose de concret pour tout le monde.