Quatre-vingt-quatorze personnes placées en rétention en 2025, contre 57 l'année précédente et seulement 12 en 2022 : la montée en charge du centre de rétention administrative (CRA) du Moufia est brutale, et la Cimade la documente dans son bilan annuel. Plus de 80 % des personnes retenues ont été expulsées. L'association, agréée par l'État pour veiller au respect des droits des étrangers en rétention, dresse un constat sévère : allongement des durées de privation de liberté, recours systématique à l'enfermement, insuffisance de la prise en compte des situations individuelles.
Le CRA de La Réunion est le plus petit de France, avec huit places réparties en deux chambres. Sa configuration pose un problème concret et documenté : hommes et femmes y partagent les mêmes espaces de vie commune. « C'est le seul CRA de France à le faire », dénonce Nicolas Hoarau, accompagnateur juridique en rétention pour la Cimade. Deux douches, deux toilettes, aucune séparation possible. L'association y voit une atteinte directe aux droits des femmes.
Parmi les 94 personnes retenues l'an dernier, 72 % étaient de nationalité comorienne, 9,7 % mauricienne, 5,4 % malgache. Vingt et une d'entre elles — soit près de 30 % — sortaient directement de prison, pour la plupart transférées depuis Mayotte en raison de la surpopulation carcérale de Majicavo. Ces détenus arrivent à La Réunion sans réseau, sans soutien, souvent sans information sur leurs droits. Le mécanisme est bien rodé : l'administration pénitentiaire prévient la police aux frontières (PAF) avant chaque levée d'écrou, et la reconduite vers Anjouan suit sans délai.
Le reste du flux est constitué d'étrangers entrés légalement sur l'île, mais dont les titres de séjour n'ont pas été renouvelés. La dématérialisation des procédures, régulièrement mise en cause par les avocats, complique les démarches. Le tribunal administratif de La Réunion a enregistré 350 requêtes en 2025 liées aux droits des étrangers, dont 27 référés liberté et 68 référés-suspension. Une décision rendue le 29 septembre a particulièrement frappé Nicolas Hoarau : un Comorien entré légalement, resté pour accompagner son épouse hospitalisée en état critique après une évacuation sanitaire, s'est vu confirmer une obligation de quitter le territoire. Le tribunal a estimé que la présence de l'époux « n'était pas impérativement nécessaire » dès lors que des enfants de nationalité française pouvaient assurer assistance.
Sur le plan économique, La Réunion ne dispose toujours pas de liste de métiers en tension, contrairement à plusieurs régions métropolitaines. Ce dispositif, issu de la loi du 26 janvier 2024, permet à des étrangers d'obtenir ou de maintenir un titre de séjour lorsqu'ils occupent des postes non pourvus. Des entreprises locales, notamment dans l'hôtellerie, la restauration ou l'entretien, réclament son application dans l'île. La préfecture indique qu'une concertation locale a abouti à une proposition de liste, actuellement en consultation au niveau national. « L'arrêté devrait prochainement être signé », précise-t-elle.


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