Espace membre :

Suivez-nous

Recrutement et relation amoureuse : le témoignage de Luis

Partager sur :
Recrutement et relation amoureuse : le témoignage de Luis

Recrutement et relation amoureuse : le témoignage de Luis


Luis encourage Mathilde à changer de poste. Elle est recrutée, puis quitte le domicile pour son DRH. Un témoignage qui révèle les dérives humaines du recrutement.

Quatre ans de relation, un tournant professionnel

Luis et Mathilde se sont rencontrés lors d'un séminaire d'entreprise — lui au service informatique, elle au marketing, dans la même structure . Quatre ans de relation, un emménagement commun à Paris en 2022 . Le couple semblait installé.

Fin 2022, un changement de manager dans l'équipe de Mathilde a modifié la donne. Elle enchaînait les signes d'épuisement professionnel : pouvoir de décision réduit, aucune perspective d'évolution . Luis en était le témoin direct. « Elle ne s'épanouissait plus dans son poste, avait un pouvoir de décision limité et aucune perspective d'évolution. Comme je la voyais malheureuse, je lui ai conseillé de quitter son entreprise et de trouver un poste ailleurs. »

L'intention était, en fait, celle d'un soutien ordinaire de couple. Personne ne pouvait prévoir ce qu'elle allait déclencher.

Un recrutement sous haute tension

En février 2023, Mathilde a démissionné de son poste de chargée de marketing et répondu à une offre publiée par un cabinet de recrutement . Le client : une ETI francilienne en pleine croissance . C'est le directeur des ressources humaines qui l'a reçue directement en entretien .

Le soir de ce premier rendez-vous, Luis a noté quelque chose d'inhabituel. « Le soir même, lorsqu'elle me débriefe le rendez-vous, elle parle davantage de la sympathie du DRH que du poste en lui-même. Sur le coup, je suis surpris mais je ne dis rien et je la laisse sur son petit nuage. » Un détail. Pas de quoi s'alarmer, du moins c'est ce qu'on croit alors.

L'appel décisif est arrivé un vendredi en fin d'après-midi. Le couple était en voiture pour la Sologne . Luis a entendu la conversation. « En entendant leur conversation, je me suis rendu compte que la tonalité n'était pas très professionnelle, qu'il y avait déjà de la connivence. Mais j'ai attribué ça à la culture de l'entreprise... » Lecture rétrospective douloureuse. Sur le moment, il est passé à autre chose.

Juin à juillet 2023 : de l'embauche à la rupture

Mathilde a pris ses fonctions dans la nouvelle entreprise en juin 2023 . Moins d'un mois plus tard. C'est court.

En juillet, elle a avoué à Luis avoir débuté une relation avec le DRH qui l'avait recrutée . « J'apprends vite que c'est le DRH de sa boîte. Je regrette instantanément de lui avoir conseillé de changer de travail. » Le regret, ici, n'est pas rationnel — Luis n'a pas choisi le DRH à la place de Mathilde — mais il a au fond la logique cruelle des coïncidences.

Est-ce que les signaux étaient déjà là, lisibles, dès le premier soir ? Luis se pose sans doute encore la question.

Mathilde a quitté le domicile parisien le soir même de ses aveux, s'est installée quelques jours chez une amie . Deux semaines plus tard, elle est revenue récupérer ses affaires. « Lorsqu'elle revient prendre ses affaires deux semaines après, j'apprends qu'elle s'installe déjà chez le DRH. » Quatre ans soldés en quelques allers-retours.

Un épilogue amer, entre bilan et distance

La relation entre Mathilde et le DRH a duré trois mois, jusqu'à l'automne 2023 . Bref. En novembre de la même année, un ami commun a informé Luis que Mathilde était redevenue célibataire, toujours en poste dans l'entreprise, mais dans des conditions difficiles .

Luis a alors établi un bilan sans indulgence particulière : « Son poste lui avait été survendu : elle avait visiblement moins d'autonomie et de responsabilités que ce qu'elle aurait aimé. Avec le recul, je pense qu'elle a été embauchée pour de mauvaises raisons. »

Cette lecture pointe quelque chose de plus structurel que l'anecdote sentimentale. Un recrutement conduit par quelqu'un dont les motivations personnelles se sont, au fond, superposées aux critères professionnels ; un poste survendu, une promesse d'autonomie non tenue . Les conséquences ont été doubles : une rupture d'un côté, une intégration professionnelle compromise de l'autre.

Luis et Mathilde ne sont plus en contact au moment où ce témoignage a été recueilli par Aurélie Tachot pour Cadremploi . Ce récit, par sa chronologie précise, illustre la porosité que certains processus de recrutement peuvent laisser s'installer entre évaluation professionnelle et relation personnelle — et les dommages collatéraux, rarement documentés, qui en résultent pour toutes les parties impliquées.

Sources

  1. "J'ai regretté instantanément" : il conseille à sa compagne de changer de job, elle le quitte pour son nouveau DRH

7 commentaires

Écrivez votre commentaire...
M
Marie-Hélène 06/07/2026 à 07:35

@Anaëlle, ta question mérite vraiment d'être creusée. Il existe des travaux sur les biais cognitifs et affectifs dans le recrutement, notamment autour de ce qu'on appelle le "biais d'affinité", mais la dimension relationnelle que décrit cet article touche à quelque chose de moins étudié, qui croise l'éthique professionnelle et la vulnérabilité du candidat en situation de recherche d'emploi. Ce que je retiens ici, c'est que Mathilde était fragilisée par un burnout naissant, et que cette fragilité a probablement rendu le terrain propice à une confusion des rôles. Dans mes années d'enseignement, on insistait sur la posture de l'évaluateur, mais jamais sur les responsabilités qui en découlent vis-à-vis de la personne évaluée.

B
Bichik 06/07/2026 à 07:08

On conseille par amour, on perd par amour. C'est vieux comme le monde.

J
Jean-Marc 06/07/2026 à 06:31

@Polo, c'est vrai qu'on voit rien venir. Moi j'ai embauché un gars y'a trois ans, au bout de deux mois il avait retourné la moitié de mon équipe contre l'autre, j'avais rien senti passer. Ce qui me choque dans cette histoire c'est plutôt le DRH. Un recruteur qui confond son poste et ses histoires personnelles, ça compromet toute la boîte, pas juste le couple. J'aurais viré ce type dès que ça s'est su.

P
Pti-Louis 06/07/2026 à 06:15

La mer elle prend, elle rend pas toujours. Les gens pareils.

P
Polo 06/07/2026 à 05:51

Moi je comprends le regret de Luis mais franchement, tout ça lé pa fasil à voir venir.

H
Hugo Saline les bains 06/07/2026 à 05:43

Ce qui me frappe, c'est que ce type de dérive n'est pas propre à un secteur ou un territoire. À Nantes j'ai connu une situation similaire dans une PME, le recruteur qui mélange son rôle et ses intérêts personnels, et la personne recrutée qui se retrouve dans une situation bancale dès le départ. Ce qui est intéressant ici c'est que Luis nomme quelque chose de structurel, le poste survendu, les promesses non tenues. C'est souvent là que ça se voit en rétrospective. Le recrutement avait peut-être moins été pensé autour du poste que d'autre chose.

A
Anaëlle 06/07/2026 à 05:21

Est-ce qu'il existe des études sur la fréquence de ce genre de situations dans les processus de recrutement ? Je pose la question sincèrement, parce que ça soulève quelque chose qu'on n'aborde jamais en cours sur les biais dans le recrutement, et pourtant ça paraît énorme comme angle mort.