Le maire de Saint-Leu, Karim Juhoor, s'est rendu ce matin sur le site de la Pointe au Sel, où la démolition d'une maison familiale occupée depuis 80 ans a débuté sans accord municipal ni respect des procédures légales. La ville annonce le dépôt d'une plainte contre le Conservatoire du littoral.
Les engins sont intervenus dès 7h, au lendemain de l'évacuation des occupants — un dimanche — sans que les autorités locales n'aient été prévenues. La commune est intervenue en cours de matinée pour stopper les travaux, avant que la bâtisse ne soit entièrement rasée.
« Je suis contrarié parce que le Conservatoire du littoral n'a pas respecté les lois de la République, ni les règles avant de démolir la maison », a déclaré Karim Juhoor face aux décombres. « Il y a un permis de démolition à poser, la Préfecture doit donner son avis. Aujourd'hui, ils ont rompu le dialogue alors que cette maison était la maison familiale de ses occupants depuis 80 ans. Il y a une valeur historique, une histoire humaine présente, et c'est ce qui me fâche : on jette cette histoire à la poubelle en venant démolir en catimini. »
Le maire ne s'en tient pas à la seule question du permis de démolition — c'est la gestion globale du site par le Conservatoire qu'il conteste. « Ils n'ont pas qu'une obligation de démolir les maisons à leur guise, ils ont l'obligation de s'occuper du terrain, de lutter pour l'environnement et de faire en sorte que les routes soient bien faites pour les habitants », a-t-il ajouté. « Ce n'est pas fait, le contrat n'est pas rempli. On trouve de l'argent pour abattre des maisons, mais pour s'occuper des terrains, on n'en trouve pas. »
La municipalité entend défendre le caractère habité de la Pointe au Sel, porté par ses résidents et par les sauniers qui perpétuent le savoir-faire historique du site. Des explications officielles seront demandées à la direction du Conservatoire du littoral.


7 commentaires
Moi j'attends six semaines minimum pour avoir mon permis de démolir sur un chantier à Saint-Paul, six semaines avec des relances, des allers-retours avec la mairie, des papiers en double. Et là le Conservatoire débarque à 7h du mat avec ses engins sans rien demander à personne ? On est pas logés à la même enseigne, lé pa fasil à avaler.
Ce qui m'interpelle, c'est la question du permis de démolition évoqué par le maire. Un permis de démolition, c'est une procédure administrative avec des délais, des pièces à fournir, une instruction par les services d'urbanisme. Ce n'est pas une formalité qu'on contourne parce qu'on est un établissement public. Si le Conservatoire a engagé des travaux sans ce document, il s'expose à des conséquences juridiques réelles, et la plainte de la commune est probablement fondée sur des bases solides.
Ce qui est troublant dans cette affaire, c'est moins la question du permis de démolition que la logique de fond : le Conservatoire du littoral a été créé pour protéger et gérer les espaces naturels dans une relation équilibrée avec les populations qui y vivent, pas pour faire table rase du tissu humain au nom d'un idéal environnemental abstrait. La Pointe au Sel concentre à la fois une histoire industrielle, une mémoire familiale et un savoir-faire saunier qui mériterait d'être classé. Il existe une littérature sérieuse sur les conflits entre conservation et usages sociaux des territoires littoraux, et cette affaire en est une illustration particulièrement nette. J'espère que la plainte déposée par la commune ouvrira un vrai débat, pas seulement une procédure juridique.
Le Conservatoire du littoral communique zéro sur ses actions à La Réunion, c'est un vrai problème. Tu démolis sans permis, sans prévenir la mairie, sans dialogue, et après tu t'étonnes que ça pète ? La transparence c'est pas optionnel quand tu gères du patrimoine public.
J'ai eu un client ce matin qui revenait justement de la Pointe au Sel, il m'a dit qu'il avait vu les engins et qu'au début il croyait à des travaux normaux. Quand il a compris que c'était une démolition, il était choqué. Apparemment y'a des gens du coin qui savaient même pas que la famille avait été évacuée la veille un dimanche. Ici les informations i fo les chercher, elles arrivent jamais à temps.
Quatre-vingts ans dans une maison, ça s'appelle pas une occupation, ça s'appelle une vie. Ceux qui ont décidé ça n'ont jamais connu ce que c'est de grandir dans la même case que ses parents et ses grands-parents.
Mais c'est quoi ce bordel, venir démolir une maison un lundi matin à 7h sans rien dire à personne ? J'ai des clients sauniers qui passent chez moi tous les vendredis, des gens qui vivent là depuis des générations, et on leur fait ça comme si c'était rien. La Pointe au Sel c'est un site vivant, pas un chantier qu'on raze à la sauvette.