L'Atelier de Flo - Coffee Shop Péï, installé dans une maison créole du centre-ville de Saint-Pierre, figure parmi les 79 finalistes du concours du Meilleur commerce indépendant de France. L'établissement a été retenu parmi près de 1 300 candidats à travers le pays.
Quatre autres commerces réunionnais ont rejoint la finale : Akina, La Page Gourmande, Le Fournil de Maître Daniel's et Le Pouak en Bouche. Pour Florence, à l'origine du projet, cette sélection est une occasion de « mettre en avant La Réunion et sa culture ».
Le lieu a une histoire singulière. Florence a ouvert son établissement dans l'ancienne maison de sa grand-mère, en conservant les meubles, la vaisselle et l'atmosphère d'origine. D'abord orienté vers la vente de produits locaux, il est devenu coffee shop il y a environ trois ans. Sa mère, Janilaine, a rejoint l'aventure en prenant en charge la cuisine.
L'identité du lieu repose sur une réinterprétation créole des codes du coffee shop tendance. Le matcha y cède la place au moringa, appelé mourongue, une plante ancrée dans la cuisine réunionnaise. « Pourquoi valoriser quelque chose venu d'ailleurs alors que l'on a de vrais trésors ? », interroge Valérie, manager de l'établissement. L'ube, cette igname violette popularisée sur les réseaux sociaux, est remplacée par la patate douce violette achetée au marché forain, travaillée ensuite par Florence et Janilaine.
La carte salée propose notamment un burger boucané poulet et un burger zourit, devenu l'un des best-sellers de la maison. Côté sucré, la tarte aux letchis attire les clients en été, lorsque les arbres se parent de rouge. Janilaine dit utiliser des « produits de La Réunion qui ont été un peu oubliés », comme les brèdes mouroungue ou les fruits à pain, en y apportant « sa petite touche personnelle et secrète ».
L'Atelier de Flo organise aussi des ateliers autour de la langue et de la culture créoles, du tressage du vacoa, des plantes médicinales et des objets lontan. L'équipe souhaite développer un volet bien-être avec des ateliers Fonker, des séances de massage et des rencontres autour de la psychogénéalogie. « La culture se perd. Les jeunes ne savent plus », regrette l'équipe.
Le lauréat du concours recevra 20 000 euros. L'établissement nourrit des projets d'agrandissement, tout en faisant face à la baisse du pouvoir d'achat, ce qui rend les choses « forcément de plus en plus difficile de se faire plaisir », reconnaît Valérie.


9 commentaires
Ce que Valérie dit sur le pouvoir d'achat, je le vis tous les jours dans ma boutique de Saint-Louis. Les gens hésitent, ils comptent, y'a des semaines où t'as l'impression que le centre-ville est à moitié vide. Alors voir un commerce comme l'Atelier de Flo tirer son épingle du jeu avec une identité aussi forte, ça me redonne un peu de courage. Peut-être que l'astuce c'est justement ça, arrêter de ressembler à tout le monde pour que les gens aient une vraie raison de pousser la porte.
Très belle initiative, et je comprends l'enthousiasme. Je me permets juste une précision pour ceux qui s'interrogent sur les 20 000 euros du concours : selon la nature juridique du prix, cette somme peut être qualifiée de subvention ou de gain, ce qui n'a pas les mêmes conséquences fiscales et comptables. Mieux vaut se rapprocher d'un expert-comptable avant de l'intégrer dans ses prévisions d'agrandissement. Cela ne retire rien au mérite de Florence et de son équipe, c'est simplement un point pratique à ne pas négliger.
Quand j'emmène des randonneurs dans les hauts, je leur montre la mourongue qui pousse le long des sentiers et la plupart ne savent même pas que ça se mange. Voir Florence la mettre à la carte d'un coffee shop à Saint-Pierre, c'est exactement ça le pont dont on a besoin entre le patrimoine naturel et le quotidien des gens. Les touristes que j'accompagne cherchent une immersion vraie, pas une carte plastifiée avec des produits qu'ils ont déjà vus à Paris. Un endroit comme l'Atelier de Flo, je vais commencer à le glisser dans mes recommandations de fin de séjour.
@Zilo, le lien de vote est sur la page du concours, je l'ai retrouvé en deux clics, partage-le autour de toi. Et franchement ce dossier i fo qu'on le pousse sur les réseaux, une maison créole, une recette de famille, un burger zourit, c'est exactement le genre de storytelling qui cartonne en organique sans avoir besoin d'un budget pub.
Ce qui me plaît là-dedans, c'est que c'est une femme du péi qui a construit quelque chose avec ses mains, dans la maison de sa grand-mère, avec sa mère à côté d'elle. Pas de grand capital derrière, pas d'investisseur venu de métropole racheter l'idée. Juste du travail, de la transmission, de la dignité. Valérie elle dit que c'est de plus en plus difficile avec la baisse du pouvoir d'achat, et ça c'est une réalité que personne au sommet veut entendre. Les gens travaillent dur et se retrouvent à choisir entre se faire plaisir ou pas. Ce commerce mérite les 20 000 euros, et il mérite surtout qu'on le soutienne pour les bonnes raisons.
Le burger zourit best-seller j'y crois à 100%, moi mes clients i demandent kosa y'a de local dès qu'ils s'approchent du comptoir. Florence a compris quelque chose que beaucoup ont pas encore compris, on n'a pas besoin de copier ce qui vient de l'autre bout du monde pour attirer du monde. Alé, j'espère qu'ils vont rafler les 20 000 euros, ce péi-la mérite ce genre de victoires.
Ce que je retiens aussi, c'est que la mère a rejoint l'aventure en cuisine. Dans ma pratique, je vois souvent des indépendants qui portent tout seuls, et ça finit sur ma table de soin ou dans un cabinet de psy. Avoir quelqu'un de confiance dans la structure, surtout en famille, ça peut être une vraie force ou une vraie source de tension selon comment c'est organisé. J'espère qu'elles ont pris le temps de poser des rôles clairs entre elles, parce que la charge mentale d'une gérante qui est aussi fille, c'est pas rien.
79 finalistes sur 1300 candidats c'est un bon ratio, mais maintenant faut voter massivement pour eux. Y'a un lien de vote quelque part dans l'article ?
Ce qui me touche vraiment dans cette démarche, c'est qu'ils font exactement ce qu'on devrait tous faire : regarder ce qu'on a chez nous avant de chercher ailleurs. La mourongue, la patate douce violette achetée au marché forain, les fruits à pain... c'est le péi qui s'invite dans l'assiette. J'espère juste qu'ils s'approvisionnent vraiment en local, auprès de petits producteurs, pas via des grossistes qui font le tour par le continent. Ça change tout, la traçabilité. En tout cas, bravo à Florence et Janilaine, et bonne chance pour la finale.