Le ministère des Outre-mer a accueilli, lundi 22 juin à Paris, une journée de rencontres consacrée aux 80 ans de la loi du 19 mars 1946, qui avait fait de la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et La Réunion des départements français. Intitulé « Dialogues croisés », cet événement était organisé à l'initiative du Département de La Réunion, en partenariat avec Outremers360, sous le patronage de la ministre déléguée chargée des Outre-mer, Naïma Moutchou.
Élus, universitaires, acteurs institutionnels et représentants de la société civile ont participé à cette journée placée sous le thème « Transmettre les mémoires pour construire l'avenir ». Le président du Département de La Réunion, Cyrille Melchior, a rappelé que la départementalisation ne devait pas être lue comme un aboutissement, mais comme « le début d'un long processus de transformation ».
Parmi les avancées citées depuis 1946 : l'accès généralisé aux soins et à l'éducation, le développement des infrastructures, l'amélioration des conditions de vie. À La Réunion, l'espérance de vie est passée d'environ 50 ans à plus de 80 ans. « Mais derrière les chiffres, c'est avant tout une aventure humaine qui s'écrit. Une histoire de luttes, d'engagements et de transmission portée par des générations de femmes et d'hommes déterminés à offrir un avenir meilleur à leurs enfants », a déclaré Cyrille Melchior.
Les échanges ont également porté sur les inégalités persistantes dans les territoires ultramarins. Pauvreté, chômage, logement et adaptation au changement climatique ont été cités parmi les enjeux des prochaines années. Pour les participants, l'égalité juridique issue de 1946 ne suffit pas : elle appelle une ambition sociale et territoriale à la hauteur des réalités vécues dans les Outre-mer.


6 commentaires
@Alex, la nuance est importante. La départementalisation n'est pas une variable médicale, effectivement. Ce qu'elle a produit, juridiquement, c'est une obligation d'extension progressive des dispositifs de sécurité sociale et de protection sociale à La Réunion, ce qui n'aurait pas eu lieu de la même façon sous un statut colonial. Les progrès médicaux globaux existent, mais leur accès financier sur notre territoire est directement lié à ce cadre légal. On ne peut pas séparer les deux sans vider l'analyse de sa substance.
Moi je me souviens de ce que me racontait ma maman sur l'avant, quand le médecin n'arrivait pas jusqu'à Cilaos, quand les enfants partaient à l'école pieds nus sur les sentiers. Ces 80 ans, on ne peut pas les balayer d'un revers de main. Mais les inégalités entre les hauts et les bas, entre les cirques et la côte, elles existent toujours, et ça, j'aurais aimé qu'on en parle aussi lors de ce beau colloque.
Ce qui me touche, c'est la phrase sur les femmes et les hommes déterminés à offrir un avenir meilleur. Nos ancêtres ont trimé sur des terres ingrates, sans eau, sans routes, et on leur doit tout. Mais 80 ans après, les petits maraîchers de l'Est galèrent encore pour accéder aux marchés publics, pour financer du matériel d'irrigation. Le bilan social ne se lit pas qu'à Paris dans une salle bien climatisée.
Transmettre les mémoires pour construire l'avenir, c'est beau comme thème. Mais i fo surtout que derrière les beaux discours, les chefs d'entreprise du social ici voient des vraies aides concrètes.
80 ans de départementalisation et on débat encore de ça à Paris... ça fait beaucoup de ping entre la décision et le terrain, non ? J'aurais aimé voir des chiffres concrets sur le numérique et l'accès aux infrastructures tech dans les Outre-mer, parce que le gap avec la métropole sur la fibre et les startups, lui, personne en parle.
L'espérance de vie qui passe de 50 à 80 ans, c'est un indicateur intéressant, mais on peut se demander quelle part revient réellement à la départementalisation et quelle part aux progrès médicaux globaux qui ont touché tous les pays du monde sur la même période. Je ne dis pas que 1946 n'a rien changé, mais citer ça comme preuve directe, c'est un raccourci qui mérite d'être nuancé. Et si on parlait des indicateurs où on régresse, ou stagne, comme le taux de chômage des jeunes ?