Mario Edmond, élu à Bras-Panon, a avancé une proposition concrète pour atténuer les effets de la réduction des contrats Parcours emploi compétences sur les communes réunionnaises : maintenir le dispositif, mais sans participation financière de l'État pour les contrats directement employés par les collectivités.
La situation de Bras-Panon illustre l'ampleur du problème. La commune est passée d'environ 150 contrats PEC à seulement 11 accordés par l'État. Pour assurer le fonctionnement des écoles à la rentrée, la municipalité a créé 70 postes contractuels, soit plus d'un million d'euros de dépenses supplémentaires. C'est ce paradoxe que l'élu cherche à corriger : moins de contrats aidés, mais une facture finalement plus lourde pour la collectivité.
Dans une tribune, Mario Edmond chiffre l'effet de sa proposition. Les communes assumaient déjà une partie du coût des PEC, le reste étant pris en charge par l'État. En conservant ce même budget mais en couvrant l'intégralité du coût de chaque contrat, elles pourraient, selon lui, maintenir environ la moitié de leurs anciens effectifs. « Finalité, pas de surcoût pour les communes et une réduction de seulement 50 % du nombre de contrats au contraire des réductions de plus de 92 %, tel que décidé », écrit-il.
L'élu détaille les conséquences déjà redoutées de la baisse des PEC dans les services communaux : suppression du périscolaire, arrêt de la restauration scolaire, difficultés à assurer la sécurité dans les établissements, entretien des espaces verts compromis. « Chaque jour ou presque apporte son lot de désillusion », déclare-t-il, avant de rappeler que le dispositif permettait aussi « à beaucoup de personnes en situation de précarité de pouvoir améliorer sensiblement leur condition et de rester connectées à la société active ».
Second volet de sa proposition : réorienter les financements que l'État continuerait à consacrer aux PEC vers les associations d'insertion, notamment celles chargées de l'entretien des espaces verts et des sites touristiques. Sans ce soutien, ces structures risquent de disparaître, obligeant les communes à reprendre à leur charge l'entretien de nouveaux espaces avec des équipes déjà réduites. « Les communes se retrouvent seules avec moins de personnel, moins de subventions, moins de contrats, mais devront aussi faire avec moins d'associations extérieures », résume l'élu.
Mario Edmond reconnaît lui-même les limites de sa démarche. « Il s'agit d'une solution qui vaut ce qu'elle vaut et mon unique souhait, c'est qu'il en existe de meilleures, pourvu que l'on ne reste pas à la situation dramatique actuelle pour les communes, pour les personnes en précarité mais aussi pour nos villes, nos écoles et nos espaces de vie collective », conclut-il dans sa tribune.


6 commentaires
La restauration scolaire qui risque de s'arrêter, ça me fait froid dans le dos. Moi je vois les enfants au front de mer le midi quand il y a des grèves ou des fermetures imprévues, les familles cherchent à manger pour pas cher et c'est pas simple. Perdre la cantine c'est pas anodin, c'est le seul repas chaud de la journée pour pas mal de marmaille. L'élu de Bras-Panon a au moins le mérite de proposer quelque chose de concret au lieu de rester les bras croisés.
150 contrats réduits à 11, c'est une chute de 93%. N'importe quel gestionnaire de projet se ferait virer pour un tel crash.
92% de réduction, ça s'appelle pas une réforme, ça s'appelle un abandon. Les gens en précarité qui perdaient leurs PEC, i fo pas croire qu'ils trouvaient autre chose derrière. L'élu de Bras-Panon fait ce qu'il peut, mais le vrai problème c'est en haut que ça se décide, et en haut y'a personne qui vit avec 150 familles qui se retrouvent sans revenus du jour au lendemain.
Il y a quelque chose de Sisyphe dans cette situation : les communes poussent le rocher du service public vers le haut, l'État lâche prise, et elles se retrouvent à recommencer seules, avec moins de bras. La proposition de Mario Edmond ressemble à ce que les économistes appellent une solution de second rang, imparfaite mais réelle. On pense à Ivan Illich et à sa réflexion sur la contre-productivité des grandes institutions. Parfois, la meilleure réforme c'est d'éviter que la précédente ne détruise ce qui fonctionnait.
La logique budgétaire exposée par l'élu est difficilement contestable sur le fond : substituer des contractuels de droit commun à des PEC représente effectivement un surcoût net pour la collectivité, sans gain apparent en termes de service rendu. Ce qui reste flou dans la proposition, c'est l'articulation avec les règles de plafonnement des emplois dans les communes. Les directions des finances vont avoir des questions. La démarche mérite d'être portée au niveau de l'AMR, en tout cas.
La proposition est concrète et chiffrée, ça change des discours habituels. Ce qui me frappe c'est que réduire les PEC coûte finalement plus cher à la commune, le paradoxe est réel. Quelqu'un a partagé ça aux autres maires du péi ?