Sony a annoncé le mercredi 1er juillet qu'à partir de janvier 2028, les nouveaux jeux PlayStation ne seront plus édités sur support physique. Ils passeront exclusivement par le PlayStation Store ou par des codes de téléchargement vendus chez les revendeurs. Les titres déjà commercialisés ou annoncés avant cette date ne sont pas concernés.
La décision s'appuie sur un recul du disque que Sony documente lui-même : à l'époque de la PlayStation 3, les ventes physiques représentaient près de 90 % du total. Sur PlayStation 5, elles sont tombées à environ 20 %. Le groupe propose d'ailleurs cette console depuis 2020 en deux versions, avec ou sans lecteur de disque. Microsoft a suivi une logique comparable sur certains modèles Xbox Series, et Nintendo développe également son offre dématérialisée.
Pour les commerces spécialisés, les conséquences sont concrètes. À Saint-Denis, Yann, gérant du magasin Videodrive depuis plus de trente ans, suit cette évolution de près. Selon lui, « le passage au tout numérique risque d'affaiblir le marché de l'occasion, qui constitue une part importante de l'activité de nombreux magasins spécialisés ». Il soulève aussi la question du stockage : certains titres très attendus, comme GTA VI, pourraient dépasser les 200 Go selon plusieurs estimations, ce qui pourrait pousser certains joueurs à investir dans des espaces de stockage supplémentaires. Yann se dit néanmoins « pas inquiet » pour son commerce, estimant que les joueurs continuent de rechercher « le conseil, l'échange et la passion qui accompagnent les boutiques spécialisées ».
La question de fond reste celle de la propriété. Acheter un jeu numérique ne revient pas à en être propriétaire : les conditions d'utilisation de Sony et Nintendo précisent que l'acheteur acquiert une licence d'utilisation, pas le logiciel lui-même. L'accès au titre dépend donc des règles fixées par l'éditeur et par la plateforme. Des précédents existent, où des contenus numériques ont été retirés ou rendus indisponibles à la suite de changements de licences ou de décisions commerciales.
Le sujet a largement dépassé le cercle des joueurs. Le collectif Stop Killing Games, lancé par le créateur de contenus Ross Scott, a recueilli plus d'un million de signatures pour interpeller les institutions européennes sur la préservation des jeux vidéo et les droits des consommateurs. Aux Pays-Bas, une association de consommateurs a renforcé son action en justice contre Sony, estimant que l'abandon du physique renforce la position dominante du groupe sur son écosystème PlayStation. Au Mexique, des responsables politiques ont annoncé vouloir saisir les autorités de la concurrence. L'argument central : la disparition des disques supprime le marché de l'occasion et réduit les possibilités de concurrence sur les prix.
Le phénomène dépasse le jeu vidéo. Musique, cinéma, séries, logiciels : une part croissante des biens culturels est désormais accessible sous forme d'abonnements ou de licences plutôt que comme des biens possédés. Sony présente sa décision comme une adaptation aux nouveaux usages. Ses détracteurs y voient une concentration croissante du contrôle entre les mains des plateformes. Jusqu'en 2028, le disque dispose encore de quelques mois.


5 commentaires
Côté logistique c'est intéressant. Une partie non négligeable du fret qui transite par chez nous c'est des marchandises physiques, emballages, boîtiers, accessoires. Moins de disques ça veut dire moins de containers dans ce segment, même si c'est marginal. Ce qui me questionne c'est Maurice et Madagascar où la bande passante coûte encore cher et où le physique d'occasion circule beaucoup de la main à la main. Sony fait son calcul depuis la Silicon Valley, pas depuis l'océan Indien.
On finit par ne plus rien posséder vraiment.
J'ai eu un gamin dans ma voiture la semaine dernière, il revenait de Videodrive avec ses jeux sous le bras, il m'a dit que c'était la dernière fois qu'il achetait en physique. Mais le monsieur du magasin lui avait filé un bon conseil sur un jeu qu'il cherchait depuis des mois. C'est ça qu'on perd, le truc qu'aucune appli va t'expliquer.
L'article cite 20% de ventes physiques sur PS5, mais j'aurais bien aimé voir la source directe de Sony. Ce chiffre global cache probablement des disparités énormes selon les régions. Dans des zones avec une connexion internet moins stable ou plus chère, le physique reste bien plus présent. Ici en péi on en sait quelque chose. La décision de Sony vaut pour le marché mondial, mais elle n'est pas pensée de la même façon partout.
Ce qui m'interpelle dans tout ça, c'est la situation des vendeurs en boutique. Quand l'activité principale d'un commerce se dématérialise, ça veut dire que les contrats derrière évoluent aussi, parfois pas dans le bon sens pour les salariés. On l'a vu dans d'autres secteurs, la presse, la musique. Les reconversions sont rarement accompagnées correctement.