Une étudiante en master de ressources humaines, en contrat d'alternance au Département de La Réunion, a été convoquée le 13 juillet à un entretien préalable à un éventuel licenciement pour faute grave. À quatre mois du terme de son contrat, cette mère isolée de 36 ans, en situation de handicap, est défendue par le syndicat Sud Collectivités territoriales.
Moïze Mazeau, secrétaire départemental du syndicat, a réuni les médias ce jeudi 23 juillet pour présenter le cas de Leïla (prénom d'emprunt), recrutée depuis près de deux ans à un poste de chargée de qualité de vie au travail, sous le patronage du Collège des Talents à Paris. « C'est une mère isolée porteuse de handicap. Elle fait l'objet d'une procédure pouvant conduire à un licenciement à quatre mois de la fin de son stage, alors qu'elle est en arrêt maladie. Cela risque d'effacer toute sa formation et de réduire à néant ses chances de trouver un travail », a-t-il déclaré.
D'après le témoignage de l'intéressée, les difficultés ont commencé quand elle a signalé l'absence de place de stationnement réservée aux personnes à mobilité réduite dans le bâtiment de la rue Bertin à Saint-Denis où elle était affectée. Elle dit avoir dû parcourir 400 mètres à pied pour rejoindre un parking de la collectivité situé près du jardin de l'État, et monter à l'étage pour accéder aux toilettes. Le syndicat invoque la loi de 2005 pour l'égalité des droits et des chances, qui oblige l'employeur à aménager des places adaptées et à engager une médiation dans ce type de situation. « Nous n'avons jamais eu de réponse à nos demandes », affirme Moïze Mazeau.
Le Département présente une version différente. La collectivité indique qu'« aucune décision de licenciement n'a été prise par l'autorité territoriale » et qu'une « procédure contradictoire est en cours ». Sur la question du stationnement, elle assure avoir « mis en œuvre plusieurs solutions de stationnement » et obtenu depuis février 2026 une place à « 87 mètres » du lieu de travail, sur le parking d'une crèche voisine. Leïla conteste cette version : c'est elle qui aurait directement contacté le responsable de la crèche, lequel aurait accepté par compassion. La convocation adressée à l'étudiante mentionne notamment un acte d'indiscipline remontant à juillet de l'année précédente, ainsi qu'un épisode au cours duquel elle aurait bloqué le véhicule d'une collègue devant se rendre à un rendez-vous médical urgent.
La collectivité soutient que « les rapports hiérarchiques attestent que les conditions de travail ont été adaptées et que les moyens nécessaires ont été mobilisés pour favoriser son intégration professionnelle ». Le syndicat le conteste et pointe un taux d'arrêt maladie de 10,23 % dans les services du Département en 2023. Pour Moïze Mazeau, ce dossier illustre ce qu'il appelle une « municipalisation » des ressources humaines au sein de la collectivité, où la carrière des agents serait pilotée selon des critères politiques plutôt qu'administratifs.


7 commentaires
@Mickaëla, je suis tout à fait d'accord avec toi. Ce qui me surprend, c'est qu'en métropole on entend souvent que les collectivités territoriales sont supposées montrer l'exemple sur l'inclusion et l'accessibilité, c'est même inscrit dans leurs obligations légales. Ici le Département emploie des milliers d'agents, et une alternante doit appeler directement le responsable d'une crèche pour obtenir une place de parking ? C'est ça qui me laisse perplexe.
Ce qui me frappe dans ce dossier, c'est que signaler une absence de place PMR, c'est exactement ce qu'on attendrait d'une chargée de qualité de vie au travail. Elle fait son métier, et ça se retourne contre elle. En RH, quand un salarié remonte un problème d'accessibilité, la première réponse c'est de chercher une solution, pas d'ouvrir un dossier disciplinaire des mois plus tard. Je comprends pas l'enchaînement des décisions ici.
Moi je comprends pas comment une collectivité qui gère autant d'agents peut arriver là. 10 % de taux d'arrêt maladie dans les services, c'est un signal qui parle tout seul.
Ce qu'elle traverse doit être épuisant, physiquement et mentalement. Signaler un problème d'accessibilité pour mieux travailler, c'est un acte courageux, pas une faute. J'espère sincèrement qu'elle trouve le soutien dont elle a besoin pour traverser ça.
Lé pa fasil ce qui se passe avec cette jeune femme, mais ça illustre exactement ce que les syndicats dénoncent depuis des années. On licencie pas quelqu'un en arrêt maladie à quatre mois de la fin de son contrat, surtout quand c'est elle qui a osé pointer des manquements légaux de l'employeur. La loi de 2005 c'est pas facultatif, c'est obligatoire. Ceux qui pilotent les RH de cette collectivité doivent rendre des comptes, et Moïze Mazeau a bien fait de mettre ça sur la table publiquement. Les travailleurs ont besoin que ça sorte.
J'ai eu des gens dans ma voiture qui travaillent là-bas, rue Bertin, et eux ils disent que c'est pas simple du tout cette affaire. Mais entre ce que le Département raconte et ce que la dame vit, y'a clairement un fossé. 400 mètres à pied avec un handicap, ça fait loin quand même.
Ce dossier me choque vraiment. On parle d'une femme qui a signalé un problème d'accessibilité légitime, et au lieu d'une solution, elle se retrouve convoquée pour licenciement. Si une entreprise privée traitait une collaboratrice comme ça, le bad buzz sur les réseaux serait immédiat. Le Département devrait être exemplaire, pas le contraire.