327 séismes autour de Mayotte en juin 2026, des constructions sans permis, un cyclone qui a révélé la fragilité du bâti local : la mairie de Mamoudzou a décidé de renforcer ses contrôles en créant une police intercommunale de l'urbanisme, portée par la Communauté d'agglomération Dembéni-Mamoudzou (CADEMA).
La décision a été actée lors des Assises de la reconquête foncière. Le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, en a précisé les contours : « Lors des assises de la reconquête foncière, parmi les solutions qui avaient été adoptées c'est la création d'une police intercommunale gérée par la CADEMA et avec des missions liées à l'urbanisme comme des contrôles des permis de construire et tout ce qui est lié à la propreté urbaine et à la salubrité publique de manière globale, ce sont les deux missions principales confiées cette police. » Il a ajouté : « On est en train de monter en compétences et les contrôles vont s'enchaîner en conséquence. »
L'urbanisation a longtemps dépassé les capacités de contrôle. Dans les quartiers de Cavani, Mtsapéré et Kawéni à Mamoudzou, ou sur les hauteurs de Sada sur la côte ouest, les bâtiments en béton gagnent des étages parfois sans permis, parfois sans suivi technique. Le passage du cyclone Chido le 14 décembre 2024 a encore accéléré ce mouvement, les habitants cherchant à reconstruire vite.
C'est ce qu'ont observé sur le terrain les architectes du Conseil d'architecture, d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) depuis le début de l'année 2025. Plus de 210 demandes d'accompagnement avaient été enregistrées dès le mois de janvier : 91 dans la Communauté de communes du Centre-Ouest (3CO), 36 dans la Communauté d'agglomération du Grand Nord de Mayotte (CAGNM), 36 dans la CADEMA, 34 dans la Communauté de communes du Sud (CCSUD) et 20 dans la Communauté de communes de Petite Terre (CCPT). Sur quarante maisons sinistrées étudiées après Chido, 87,5 % présentaient des fissures, 72,5 % des infiltrations dans les bétons et 55 % une mauvaise ventilation.
Le CAUE a identifié une cause principale aux dégâts du cyclone : « cette démarche a permis de constater que les dégâts causés par Chido résultent principalement de la mauvaise conception des charpentes et des couvertures qui se sont, pour beaucoup, arrachées. » Face à ce constat, les habitants ont surtout envisagé de reconstruire leur toiture en pente ou de la remplacer par des dalles en béton. Le CAUE juge cette réponse « inconsidérée » : les toitures jouent un rôle déterminant dans le confort thermique, le rayonnement solaire représentant jusqu'à 70 % des apports thermiques, et le béton mal adapté au climat génère de nouvelles pathologies. « Il y a des risques par rapport à la solidité du bâti », précise l'organisme, qui a élaboré un manuel de la réparation avec l'aide d'un bureau d'études d'ingénierie pour aider les habitants à traiter les défauts les plus courants.
Le CAUE pointe aussi l'absence quasi systématique de permis de construire parmi les habitations visitées : « La plupart des habitations qu'on a visitées n'avaient pas de permis de construire, donc ça n'est pas passé par les services des mairies, ça n'a pas été instruit. » L'organisme insiste sur la nécessité d'une sensibilisation en amont de toute question technique : « La première c'est est-ce qu'on peut construire ou non et où (…) et la deuxième étape, c'est après, comment construire bien. » Les difficultés se concentrent particulièrement à Mamoudzou, Dembéni et Sada, là où la construction par des particuliers domine.
La dimension géologique alourdit encore l'enjeu. Depuis la découverte du volcan sous-marin Fani Maoré en 2018, le Réseau de surveillance volcanologique et sismologique de Mayotte (REVOSIMA) enregistre une activité sismique quotidienne. Entre le 1er et le 30 juin 2026, 327 événements ont été détectés, soit environ 11 par jour, dont 287 séismes volcano-tectoniques et 40 séismes longue période, principalement localisés entre 5 et 15 kilomètres à l'est de Petite-Terre, à des profondeurs de 20 à 50 kilomètres. L'éruption de Fani Maoré n'est plus considérée comme active — les dernières preuves d'activité éruptive remontent à octobre 2020 — mais le REVOSIMA précisait encore en juin dernier qu'aucune hypothèse n'était totalement écartée quant à l'évolution future de cette activité. Les deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5 qui ont frappé le nord du Venezuela le 24 juin 2026 ont rappelé que les dégâts lors d'un tremblement de terre dépendent autant de la vulnérabilité des bâtiments que de la puissance de la secousse.


0 commentaire
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !