Le 27 mai 2026, le conseil d'administration du Centre Sécurité Requin (CSR) a officiellement ouvert la voie à une révision de l'arrêté préfectoral qui interdit, depuis juillet 2013, la baignade et les activités nautiques hors zones aménagées. Une large consultation des acteurs publics et privés a été validée. Une communication officielle doit être présentée début juillet 2026.
Cette évolution intervient après sept ans sans accident majeur, depuis 2019. L'arrêté, instauré au plus fort d'une crise qui a coûté la vie à onze personnes, est aujourd'hui qualifié d'« arrêté parapluie » par certains acteurs proches du dossier. L'un d'eux, toujours en activité dans le milieu, formule clairement l'attente : « Heureusement qu'il semble qu'une mise à jour de l'arrêté soit dans les cartons et qu'on puisse revenir enfin à des activités encadrées par le risque et péril au lieu d'une interdiction totale. »
Lors de cette même réunion du 27 mai, le conseil d'administration a également été invité à réfléchir à une transformation du CSR en pôle d'excellence national, voire international, centré sur la gestion du risque requin et la connaissance des squales. L'ambition affichée : augmenter la part budgétaire consacrée à la recherche, pour privilégier un suivi technologique en temps réel réduisant le risque d'interaction homme-requin sans recourir au prélèvement.
Le CSR, créé en 2016 et restructuré en groupement d'intérêt public (GIP) en 2020, concentre aujourd'hui les critiques de plusieurs acteurs du littoral. Un professionnel du secteur le décrit comme « un bureau Veritas, un contrôle technique, un outil parapluie administratif pour l'État », dont les missions se limiteraient à la communication, à la prévention et à la gestion du marché de la pêche, pour un coût annuel estimé entre 1,2 et 1,3 million d'euros pour onze agents. Le CSR conteste cette lecture : il précise que sa part propre représente 16 % des dépenses globales, les 84 % restants étant engagés directement par les acteurs publics dans des actions opérationnelles, dont la pêche préventive, qu'il présente comme ayant « un lien de causalité solidement établi » avec la baisse des attaques depuis 2019.
Sur la question des projets abandonnés, les témoignages divergent. Un ancien agent du CSR évoque des filets de baignade dans le sud sauvage, une évaluation par ULM des usagers de la réserve marine et un projet de caméras à déclenchement automatique, tous décrits comme « systématiquement avortés ». Le CSR répond qu'aucun projet validé par son conseil d'administration n'est abandonné sans motif, et annonce l'immersion prochaine de trois caméras sous-marines autonomes sur le spot des Roches Noires pour une phase expérimentale de six mois. Un rapport technique sur les survols en ULM du littoral sud-ouest a par ailleurs été remis aux partenaires en 2024.
L'instabilité interne du GIP est également documentée. Un ex-membre de l'équipe cite des départs successifs après 2020 : une chargée de communication, un biologiste marin, le responsable du programme pêche et une community manager. Le CSR attribue ces départs à des situations individuelles et s'appuie sur un audit externe récent qui a évalué les risques psychosociaux comme « faibles », qualifiant l'organisation collective d'« exceptionnelle » malgré des « tensions permanentes liées à un environnement externe complexe ».
Agnès Lavaud, chargée de mission au Sypral et représentante à la Commission spécialisée des acteurs de la mer du CSR, pointe une gouvernance trop verticale : « Nous ne disposons pas réellement de cellule de travail permettant de faire remonter efficacement les informations du terrain. » Elle observe qu'après les crises climatiques, « on se retrouve avec à peine un spot et demi ouvert, alors qu'on en comptait près de quatre initialement ».
Sur le terrain, l'association RESSAC a assuré la surveillance sur plus de 116 jours en 2025 sur les zones d'exclusion de Saint-Leu et de l'Étang-Salé, avec une moyenne de 186 usagers quotidiens. Sur 110 interventions recensées, 17 seulement (15 %) concernaient une suspicion ou observation de requin ; 44 relevaient de l'assistance pure et 49 de secours sur victime avec assistance médicale, dont des infarctus, hélitreuillages et nageurs emportés. Pour le début 2026, du 1er janvier au 31 mai, les taux d'ouverture atteignent 73 % à Saint-Leu et 68 % à l'Étang-Salé.
RESSAC a pourtant fonctionné en 2025 avec 966 000 euros, contre une enveloppe théorique de 1,7 million d'euros, soit une baisse de près de 27 %. Son président, Jean Galabert, reconnaît les limites actuelles : « On fait mieux, mais ce n'est pas encore satisfaisant. Notre point noir pour l'instant, c'est que nous n'avons toujours pas pu relancer une activité pérenne à Trois-Bassins. » À Saint-Paul, l'ouverture du spot de l'Ermitage reste suspendue à une validation de la mairie et du CSR, la mairie exigeant un retour d'expérience d'au moins six mois sur les Roches Noires. Aux Roches Noires elles-mêmes, l'association est encore en négociation pour obtenir un accès à des vestiaires, des sanitaires et un local de stockage.
La communauté des surfeurs libres, dits freesurfers, reste la grande absente de ces dispositifs. Un ancien membre du CSR le dit sans détour : « Aujourd'hui, les surfeurs libres restent les grands oubliés de la politique du CSR. Beaucoup ont l'impression que RESSAC travaille pour les écoles. » Il évoque une filière sportive d'excellence durablement sinistrée : « Tout un sport a assisté à la mort de sa filière pro, onze morts plus tard. On avait un terrain de jeu exceptionnel, l'élite mondiale venait jouer dans nos vagues. »


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