Une large coalition d'acteurs réunionnais a déposé ce mercredi matin une motion à la préfecture pour alerter le gouvernement sur la réduction annoncée des crédits de la Ligne Budgétaire Unique (LBU), principal outil de financement du logement social dans les Outre-mer. Les signataires dénoncent une baisse qu'ils qualifient de « drastique et sans précédent ».
Les chiffres avancés dans la motion parlent d'eux-mêmes. Les crédits nationaux alloués à la LBU passeraient de 234 millions d'euros inscrits en loi de finances à 128 millions d'euros en autorisations d'engagement, soit une baisse de 45 %. À La Réunion, l'enveloppe tomberait à 27 millions d'euros en 2026, contre 85,65 millions en 2024 et 78,5 millions en 2025.
Sur le terrain, les conséquences seraient immédiates. La programmation initiale prévoyait 1 800 logements sociaux neufs et 1 600 réhabilitations pour 2026. Avec la coupe budgétaire, ces volumes s'effondreraient à environ 550 logements neufs et moins de 300 réhabilitations. Un recul d'autant plus grave que plus de 50 000 ménages attendent actuellement un logement social sur l'île, et que l'Insee évalue le besoin à plus de 5 700 logements supplémentaires par an entre 2021 et 2050.
La motion pointe aussi un risque pour le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), qui tire plus de 30 % de sa commande publique du logement social. Une contraction aussi brutale des investissements pèserait directement sur l'activité des entreprises et sur l'emploi dans la construction.
Les signataires réclament le maintien intégral de la LBU à son niveau voté en loi de finances 2026, le renforcement des moyens pour les opérateurs locaux, une programmation pluriannuelle des financements, une étude d'impact avant toute évolution budgétaire et l'ouverture d'une concertation avec les professionnels du secteur. Ils estiment qu'une telle réduction constituerait « un recul majeur de la solidarité nationale envers les Outre-mer ».
La mobilisation est transpartisane. La motion est cosignée par la Région Réunion, le Département, les chambres consulaires, l'Association des maires de La Réunion, les principales organisations professionnelles du BTP et de l'immobilier, des représentants des architectes, plusieurs organisations syndicales et des parlementaires aux sensibilités politiques diverses. Parmi eux : la présidente de Région Huguette Bello, le vice-président du Département Jeannick Atchapa, les députés Perceval Gaillard, Karine Lebon, Philippe Naillet et Jean-Hugues Ratenon, ainsi que les sénatrices Évelyne Corbière Naminzo et Viviane Malet.


6 commentaires
Comme dit Sébastien, le calendrier c'est le vrai problème. Moi je raisonne en flux, et là c'est une rupture de chargement brutale : on passe de 85 millions à 27 millions en deux ans, aucune supply chain ne résiste à ça sans casse. Les matériaux de construction qu'on importe depuis Maurice ou Madagascar, les cimenteries, les ferronniers, tout le monde va sentir la baisse de commandes. Et Lo Port tourne beaucoup grâce au BTP local, faut pas l'oublier.
Cette semaine j'ai eu un gars du bâtiment dans le taxi, chef de chantier au Tampon, il m'a dit qu'ils attendaient déjà des réponses sur des dossiers LBU depuis des mois. Si en plus ils coupent la moitié du budget, il me dit que c'est mort pour sa boîte avant la fin de l'année. Et c'est pas le premier que j'entends parler comme ça, y'a pas une semaine sans qu'un client du secteur me raconte un truc dans ce genre.
Ce qui m'inquiète, c'est l'effet domino sur les travailleurs du BTP. J'ai plusieurs patients qui bossent dans la construction, des indépendants surtout, et une contraction aussi brutale du carnet de commandes ça génère un stress économique énorme, parfois des situations d'épuisement réel. Les chiffres du logement sont importants, mais derrière il y a des gens qui vont devoir gérer l'incertitude du lendemain.
550 logements neufs au lieu de 1800, lé pa fasil d'expliquer ça à des familles qui attendent depuis des années. Et le BTP qui perdrait 30 % de sa commande publique, ça veut dire des artisans, des petites boîtes qui vont morfler direct. Quelqu'un a des infos sur les délais de réponse habituels du gouvernement à ce type de motion ?
Je fais visiter Mafate depuis des années, et à chaque descente vers Cilaos ou La Plaine, je vois des familles qui vivent dans des logements qui auraient besoin d'une réhabilitation depuis longtemps. Ce n'est pas abstrait, c'est du quotidien. Couper de moitié les moyens dédiés au logement social dans un territoire où 50 000 ménages attendent, c'est une décision qui se lira dans les paysages et dans les vies.
La motion est bien construite et les chiffres avancés méritent d'être pris au sérieux. Ce qui interpelle, c'est le calendrier : une réduction de cette ampleur sur une seule année budgétaire laisse peu de marges de manoeuvre pour les opérateurs qui ont déjà engagé des programmations pluriannuelles. Les marchés publics ne s'ajustent pas du jour au lendemain. On verra ce que le gouvernement répondra à la préfecture, mais la mobilisation transpartisane est, disons, rarement un signal à ignorer.