La SEDRE a présenté ce mardi à Saint-Paul sa feuille de route pour la période 2026-2030. Face à l'effondrement des crédits nationaux dédiés au logement social, sa nouvelle direction appelle les acteurs locaux à se mobiliser pour tenir l'objectif de 700 logements engagés d'ici la fin de la décennie.
La pression sur la demande est massive. Pascaline Chéreau-Nemazine rappelle que « quand on regarde la problématique du logement social à La Réunion, on voit bien qu'aujourd'hui il y a plus de 50 000 demandes au niveau de La Réunion, et chaque année il y a près de 5 500 qui se rajoutent ». Pour y répondre, elle insiste sur la nécessité de ne pas travailler seule, mais « avec les autres bailleurs, les collectivités, les actionnaires également ».
Sur le plan opérationnel, la feuille de route s'appuie sur plusieurs grands projets urbains déjà engagés : la ZAC Renaissance 3 à Saint-Paul et des programmes de renouvellement urbain à Saint-Pierre, Sainte-Rose et Le Port. Ces opérations visent à reconstruire la ville sur elle-même, faute de foncier disponible. Pascaline Chéreau-Nemazine prévient toutefois qu'« une opération ne sort pas de terre en quelques années », la recherche du foncier, les études et la passation des marchés prenant « beaucoup de temps ».
Le coup de frein budgétaire complique encore l'équation. La ligne budgétaire unique (LBU) chute de 78 millions d'euros en 2025 à 27 millions d'euros en 2026. Par effet de levier, ce recul génère un manque à gagner de près de 300 millions d'euros pour l'économie réunionnaise, avec des répercussions directes sur les entreprises du bâtiment.
« Face à la baisse des moyens, nous ne nous démobilisons pas, nous appelons à faire front commun », a déclaré la présidente, qui dit vouloir préserver « la capacité de notre territoire à poursuivre sa trajectoire de développement au bénéfice des Réunionnaises et des Réunionnais ».


8 commentaires
300 millions de manque à gagner pour l'économie réunionnaise, et c'est les entreprises du bâtiment qui trinquent en premier. Moi je vois déjà des gars du coin qui viennent manger chez moi le midi de moins en moins souvent parce que les chantiers ralentissent. Quand le BTP tousse, c'est tout le péi qui s'enrhume.
Un point mérite d'être précisé : la LBU est une ligne budgétaire de l'État, pas une dotation de la SEDRE elle-même. La chute de 78 à 27 millions touche l'ensemble des bailleurs sociaux réunionnais, pas seulement elle. L'effort de "front commun" dont parle la présidente est donc aussi une manière de compenser une défaillance de l'État central, ce qui pose une vraie question sur la répartition des compétences entre le national et les collectivités locales en matière de logement outre-mer.
@Rafiki, tu parles des familles dans les cirques, et tu as raison. Moi je vois la même chose côté Est, des gens qui vivent à 6 ou 7 dans une petite case en attendant leur tour sur les listes. Et pendant ce temps, 300 millions de manque à gagner pour l'économie locale, c'est pas rien, ça touche tout le monde, les artisans, les petits commerces, pas seulement le bâtiment. Une coupe comme ça sur la LBU, c'est une décision prise à Paris par des gens qui n'ont jamais mis les pieds dans le péi-la.
700 logements d'ici 2030, soit. Mais quand on parle de "reconstruire la ville sur elle-même" faute de foncier, j'espère que ça veut dire qu'on ne va pas toucher aux zones côtières ou aux espaces naturels proches du littoral. Parce que chaque fois qu'on bétonise un peu plus vers la mer, on le voit sur les fonds, la sédimentation augmente, les coraux souffrent. Le logement social est une nécessité absolue, personne ne dira le contraire, mais la question du où on construit est aussi importante que combien on construit.
@Roselyne, tu soulèves quelque chose d'important. Je guide souvent des randonneurs dans les cirques, et à chaque fois on parle de la beauté du territoire, mais on croise aussi des familles qui vivent dans des conditions très difficiles, logements vétustes, parfois trop petits pour tout le monde. Le patrimoine naturel qu'on valorise pour le tourisme, il est habité par des gens réels. 700 logements c'est un chiffre, mais derrière il y a des villages entiers qui attendent depuis longtemps que le péi pense aussi à eux.
J'avais une cliente ce matin qui attend son logement social depuis 4 ans, lé pa fasil d'expliquer à ses enfants pourquoi on reste à l'étroit. Elle m'a montré l'article sur son téléphone entre deux mèches, au moins ça lui a redonné un peu d'espoir.
Ici à Salazie, les familles attendent le logement social depuis des années, et quand on voit que les crédits tombent de 78 millions à 27 millions, on se demande vraiment comment i fo faire. Les cirques sont oubliés dans ces grands projets urbains, Saint-Paul et Saint-Pierre c'est bien beau, mais les hauts existent aussi. Les jeunes du cirque partent parce qu'il n'y a rien pour eux, et ça c'est une réalité que les feuilles de route ne règlent pas.
50 000 demandes en attente, ça fait des milliers de familles qui galèrent. Contente que la SEDRE ne lâche pas malgré la coupe budgétaire, mais 700 logements pour résorber ça, on est quand même loin du compte.