Dans une tribune publiée, l'avocate Brigitte Hoarau prend position sur l'affaire Lyhanna et demande qu'une loi intégrale contre les violences sexuelles soit inscrite sans attendre à l'agenda parlementaire.
Pour elle, cette affaire est devenue le symbole d'un système qui, malgré les alertes, les signalements et les plaintes, ne parvient pas à protéger les enfants. Elle cite les données de la CIIVISE : entre 2016 et 2022, la proportion d'affaires classées sans suite est passée de 75 % à 83 %, le motif le plus souvent retenu étant celui d'une « infraction insuffisamment caractérisée ».
À La Réunion, plus de 1 400 dossiers de violences sexuelles sur mineurs sont recensés dans les tribunaux de l'île, qui figurerait parmi les quatre départements les plus touchés. À l'échelle nationale, 160 000 enfants en sont victimes chaque année.
Brigitte Hoarau pointe la difficulté structurelle de ces affaires : les violences sexuelles sur mineurs se déroulent rarement devant témoins, s'accompagnent souvent d'emprise et de menaces, et les traumatismes compliquent le recueil de la parole. Elle réclame une justice spécialisée, formée aux mécanismes d'emprise et à la parole des enfants, ainsi qu'un meilleur accueil des plaintes pour qu'aucune victime ne renonce à parler par crainte de ne pas être crue.
La tribune détaille plusieurs axes que devrait couvrir cette réforme législative : formation des professionnels au contact des enfants, repérage précoce des situations de danger, accès rapide aux soins et à un suivi psychologique, lutte contre les violences en ligne et la diffusion de contenus pornocriminels. L'avocate insiste sur la nécessité d'y adosser des moyens budgétaires : « une loi sans moyens n'est qu'une promesse de trop ».
Elle appelle par ailleurs les citoyens à continuer à se mobiliser chaque lundi devant les tribunaux pour se faire entendre.


5 commentaires
La semaine dernière j'avais un client, un type bien, père de famille, il m'a parlé de l'affaire Lyhanna tout le trajet depuis Le Tampon jusqu'à Saint-Pierre. Il me dit : Jean-Claude, comment ça se fait qu'on signale, on écrit, on se plaint, et pis rien bouge ? Je lui ai répondu que je savais pas, parce que c'est vrai, je savais pas. Mais 83% de classements sans suite, là je comprends mieux sa colère.
Sur mon marché à Sainte-Suzanne, j'ai des clientes qui viennent me parler de tout, de leurs légumes, de leurs familles, de leurs soucis. Et ce sujet-là, les violences sur les enfants, i revient trop souvent dans les conversations, dites à voix basse. 1 400 dossiers rien que dans nos tribunaux, ça dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Une loi sans moyens n'est qu'une promesse de trop, comme l'a dit cette avocate, et c'est exactement ça qu'on entend ankor et ankor de l'État.
83 % de classements sans suite. Un chiffre qui devrait faire honte.
Ce que pointe Maître Hoarau sur le recueil de la parole, c'est central. Dans ma pratique, je vois parfois des jeunes patients qui arrivent avec des douleurs chroniques, des contractures inexpliquées, et quand on prend le temps d'écouter vraiment, on comprend que le corps parle avant que la personne puisse mettre des mots. La formation des professionnels de santé à ces signaux-là, c'est pas du luxe, c'est une nécessité absolue. Une loi qui prévoit ça concrètement, avec des moyens derrière, serait une vraie avancée.
C'est un sujet qui me touche vraiment. Quand je coiffe mes clientes à domicile, les conversations vont parfois loin, et y'a des mamies qui me racontent des choses sur leurs petites-filles que ça fait froid dans le dos. Souvent elles savent pas vers qui se tourner, les marmaille ont peur de parler, et la famille tourne en rond. Je savais pas que La Réunion était dans les quatre départements les plus touchés, ça fait réfléchir.