Un seul agent réunionnais de catégorie C sur 144 candidats à une mutation devait retrouver un poste aux Finances publiques de l'île à la rentrée de septembre. C'est le chiffre que brandissent les syndicats Solidaires et CFTC pour dénoncer la suppression de 27 postes, qu'ils imputent au recours à l'intelligence artificielle.
Le rassemblement s'est tenu devant le centre des impôts de Champ-Fleuri, à Saint-Denis. Café et banderoles, jeudi matin, pour alerter sur ce que les syndicats décrivent comme un remplacement « en misouk » des agents d'accueil par Albert, un assistant virtuel intégré au site internet des impôts. « L'IA n'est pas encore totalement fonctionnelle, mais on nous supprime des postes en nous disant que cela va marcher », déplore Florent Cormary, co-secrétaire de Solidaires Finances publiques à La Réunion. Derrière cette logique, dit-il, une intention claire : « responsabiliser les usagers » pour qu'ils trouvent eux-mêmes leurs réponses en ligne.
Le problème, c'est le terrain. La Réunion affiche un taux d'illettrisme et d'illectronisme parmi les plus élevés du territoire national. Les agents de catégorie C assurent l'accueil physique et téléphonique, deux points de contact sur lesquels une partie de la population compte directement. Leur disparition se traduira, selon Florent Cormary, par « moins de créneaux d'accueil, moins de créneaux de téléphone, moins de possibilités de rendez-vous » dès la rentrée. Les syndicats pointent aussi une lacune de l'IA sur les dispositions fiscales spécifiques aux Outre-mer, susceptible d'induire agents et usagers en erreur.
Sous la pression syndicale, la direction des Finances publiques a consenti à ouvrir trois postes supplémentaires en catégorie C. Elle avait d'abord mis en avant la création de 4 postes en catégorie B et 14 en catégorie A — des profils aux missions bien distinctes, que les agents concernés ne confondent pas avec les leurs.
Un cinquième poste s'ajoute au décompte : un agent affecté au tout nouveau centre de contact professionnel de Saint-Benoît, que les syndicats revendiquent d'avoir arraché à l'Hexagone. Ce service de 40 agents, dont 32 contrôleurs de catégorie B, sera dédié aux questions des entreprises. Des humains, donc — signe que l'IA ne couvre pas encore tous les usages.


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