Le Sénat a adopté mardi soir le projet de loi sur l'encadrement de l'enseignement supérieur privé lucratif. Pour la sénatrice réunionnaise Évelyne Corbière Naminzo, le texte « aurait pu être l'occasion de s'attaquer aux dérives » du secteur. Il n'en a rien été, selon elle.
Dans un communiqué publié à l'issue du vote, l'élue dresse un constat sévère : un modèle où « l'orientation d'un jeune devient une opportunité commerciale », des familles « piégées dans des spirales d'endettement », et des universités publiques contraintes d'accueillir davantage d'étudiants sans moyens supplémentaires. Trois amendements qu'elle avait défendus ont été rejetés au cours des débats.
Le premier portait sur la gratuité des inscriptions aux vœux Parcoursup. La sénatrice y voit une question d'équité : « Ce coût est impossible à assumer pour de nombreuses familles et donc dissuasif. Ce système ne sélectionne pas les meilleurs étudiants, mais les plus favorisés. » Le deuxième amendement visait à rendre obligatoires les entretiens en visioconférence pour les candidats aux établissements privés — une mesure qu'elle juge indispensable pour les lycéens ultramarins. « Comment demander à un lycéen scolarisé en Outre-mer de payer un billet d'avion et un hôtel pour des entretiens dans l'Hexagone ? », interroge-t-elle. Elle rappelle que 61 % des néo-bacheliers réunionnais formulent leurs vœux dans une autre région que leur région d'origine, contre 35 % en moyenne nationale.
Le troisième amendement rejeté concernait l'allongement du délai de rétractation pour les étudiants inscrits dans un établissement privé. La sénatrice juge « pas acceptable d'enfermer un jeune dans une formation chère ne correspondant pas à ses attentes », alors que les erreurs d'orientation restent fréquentes. La loi adoptée a, selon ses propres mots, « gravement manqué d'ambition pour stopper la libéralisation incontrôlée de l'enseignement supérieur privé ».


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