Ramata Touré, présidente de l'Institut IFPDOM et administratrice des Acteurs de la Compétence, a adressé un courrier conjoint aux ministres des Outre-mer et du Travail pour réclamer une refonte des contrats Parcours Emploi Compétences (PEC) dans les territoires ultramarins. Sa proposition : créer un cadre dédié, baptisé « PEC Compétences Outre-mer », fondé sur l'acquisition de compétences et l'insertion durable.
Son diagnostic du dispositif actuel est sévère, mais nuancé. Elle reconnaît l'existence d'un volet accompagnement, mais juge la dimension formation trop variable et trop peu structurée pour déboucher sur des trajectoires professionnelles qualifiantes. « Les PEC dans les Outre-mer ne peuvent pas être pensés comme dans l'Hexagone. Chez nous, ils jouent souvent un rôle d'amortisseur social, de cohésion territoriale et parfois même de maintien d'activité », écrit-elle. Les politiques nationales, selon elle, ne tiennent pas suffisamment compte de cette réalité.
Le modèle qu'elle défend reposerait sur des parcours individualisés, des formations qualifiantes ou certifiantes, la validation de blocs de compétences, un accompagnement renforcé et des passerelles vers les métiers en tension. L'objectif : faire des contrats aidés un véritable investissement en capital humain, plutôt qu'un filet de sécurité conjoncturel. « Les contrats aidés sans qualification peuvent parfois entretenir la précarité. Les compétences doivent désormais être au cœur du modèle », insiste-t-elle.
Cette démarche intervient alors que les élus réunionnais se mobilisent autour de l'avenir des PEC, dans un contexte où le gouvernement a évoqué des « ajustements » sans remettre en cause l'architecture du dispositif. Ramata Touré indique qu'elle se rendra prochainement à Paris pour poursuivre les échanges avec les acteurs institutionnels, dans le cadre d'une réflexion portée au niveau national par l'association Ambition et Transparence pour nos Territoires.


7 commentaires
@TataYoyo, ce que tu décris, c'est une réalité qui dure depuis bien avant les PEC. On a toujours eu des dispositifs qui venaient calmer sans vraiment construire.
Ce que porte Ramata Touré, c'est exactement cette idée que chaque parcours professionnel doit permettre à une personne de grandir, pas juste de survivre le temps d'un contrat. Quand on parle de compétences certifiantes et de parcours individualisés, on parle en fait de redonner confiance à des gens qui ont parfois passé des années à se sentir invisibles dans le système. J'espère vraiment que Paris entendra ce message, parce que les talents dans notre île, ils sont là, i fo juste leur donner les bons outils.
Moin lé content de voir quelqu'un dire tout haut ce qu'on vit depuis longtemps. J'ai connu des jeunes du quartier qui ont enchaîné les contrats aidés pendant des années sans jamais décrocher quelque chose de stable, et à chaque fois c'est la famille qui ramasse derrière. Ce que propose cette dame, c'est du bon sens : donner un vrai métier aux gens, pas juste les occuper le temps d'un contrat. Espérons que Paris écoute pour une fois.
@Tonton Bébert, je comprends le constat, mais la question que je me pose c'est : qui va financer ces parcours qualifiants renforcés, et qui va contrôler que les formations proposées correspondent vraiment aux métiers en tension ? Parce qu'on a déjà des dispositifs qui existent sur le papier avec des objectifs similaires, et dans la pratique ça se dilue vite. La proposition de Ramata Touré est cohérente dans son intention, mais sans mécanisme d'évaluation précis et contraignant, on risque juste de créer un nouveau cadre administratif qui rejoue les mêmes travers.
Dans le service à la personne on a beaucoup de salariés passés par des contrats aidés. Ce qu'elle décrit, on le vit. Vivement que ça avance à Paris !
Ce qui me frappe dans son analyse, c'est cette phrase sur la dimension formation "trop variable". On le voit dans les PME aussi : on accueille des personnes en PEC, on les forme en interne, et quand le contrat s'arrête il n'y a rien qui certifie ce qu'elles ont appris. La validation de blocs de compétences que elle propose, ça changerait vraiment la donne pour ces personnes-là. Reste à voir si les structures d'accueil auront les moyens de s'y conformer, lé pa fasil de tout formaliser quand on est une petite structure.
Ça fait des années qu'on dit la même chose sur le terrain. Les PEC sans formation derrière, c'est juste une façon de faire tenir les gens tranquilles le temps d'un contrat, et après on repart à zéro. Ramata Touré a raison sur le fond : chez nous le contrat aidé joue un rôle que l'Hexagone ne comprend pas vraiment. Mais faut que les syndicats soient dans la boucle si on refond le dispositif, pas seulement les institutions et les ministères.