La Réunion traverse une sécheresse précoce d'une ampleur rare. Le préfet a décidé de renforcer les restrictions d'eau dans plusieurs communes, après un déficit pluviométrique qualifié d'« exceptionnel » par les services de l'État depuis le début de l'année 2026. Selon Météo-France, la saison des pluies 2025-2026 est « la deuxième plus sèche depuis 1960 », avec 45 % de précipitations en moins.
Les effets se font déjà sentir sur le terrain. Les débits des cours d'eau reculent dans le Nord et l'Est, les nappes souterraines atteignent « des niveaux critiques dans l'Ouest » et les ressources superficielles « s'épuisent, menaçant l'alimentation en eau potable », selon la préfecture. La saison des pluies 2025-2026 n'a pas suffi à reconstituer les réserves.
Le Port et La Possession passent en niveau d'alerte renforcée. Dans l'Ouest, la situation inquiète particulièrement les autorités : la recharge de la nappe souterraine du Port est jugée insuffisante et « les premiers signes d'intrusion d'eaux salées dans les nappes ont été constatés ». La préfecture prévient que « les seuils critiques ne doivent pas être franchis afin de préserver durablement la qualité de cette ressource ».
Treize autres communes sont placées en alerte simple : Saint-Leu, Saint-Paul, Trois-Bassins, Le Tampon, Petite-Île, Saint-Joseph, Saint-Pierre, Bras-Panon, Saint-André, Saint-Benoît, La Plaine-des-Palmistes, Saint-Denis et Sainte-Suzanne. Le niveau de vigilance est maintenu sur l'ensemble du territoire.
Les restrictions s'appliquent immédiatement pour une durée minimale d'un mois. En zone d'alerte, le lavage de véhicules hors des stations professionnelles est interdit, l'arrosage des jardins est prohibé entre 8h et 18h, et le remplissage des piscines se limite à une simple mise à niveau. Dans les communes en alerte renforcée, l'interdiction d'arrosage s'étend de 6h à 20h. Les agriculteurs sont également soumis à des réductions de prélèvements et à l'interdiction d'arrosage par aspersion en journée. Le détail des restrictions par commune est consultable sur la plateforme VigiEau.


6 commentaires
Ce qui me frappe dans cet article, c'est la mention de l'intrusion d'eaux salées dans les nappes du Port. Ce phénomène, que les hydrogéologues appellent biseau salé, est potentiellement irréversible à l'échelle humaine une fois enclenché. Dans notre association à Bras-Panon, on avait travaillé sur la question des ressources en eau il y a quelques années avec des intervenants de l'université, et les projections pour l'île étaient déjà préoccupantes. Ce que je regrette, c'est que ces données scientifiques restent trop souvent cantonnées aux rapports techniques, loin du grand public. Il faudrait vraiment des actions de sensibilisation dans les écoles, auprès des familles, pas seulement des arrêtés préfectoraux.
@David, tu soulèves quelque chose que je vois aussi de mon côté : les indépendants qui cumulent les contraintes sans pouvoir souffler. Entre la saison qui démarre, les restrictions à gérer et les clients qui ne comprennent pas toujours, c'est le type de pression qui finit par s'accumuler silencieusement. J'ai plusieurs entrepreneurs en cabinet ces dernières semaines qui arrivent tendus comme jamais, et ce genre d'actualité ne va pas arranger les choses. Ménagez-vous quand même.
À la coopérative on a déjà eu une réunion d'urgence la semaine dernière. Les réductions de prélèvements annoncées par la préfecture, concrètement ça veut dire que certains adhérents vont devoir arbitrer entre leurs parcelles. La canne tient mieux que le maraîchage, mais les jeunes agriculteurs qui se sont lancés sur des cultures diversifiées vont souffrir. L'interdiction d'aspersion en journée, c'est pas rien à organiser quand tu as des plannings de récolte qui ne bougent pas.
J'emmène des groupes dans les cirques chaque semaine et les guides d'eau sont déjà visiblement plus bas qu'à pareille époque les autres années. Certaines cascades que je montrais fièrement aux randonneurs ressemblent aujourd'hui à un filet. C'est une sécheresse qui ne se voit pas que dans les chiffres, elle se lit dans le paysage, dans la couleur des sentiers, dans le silence là où il y avait du bruit d'eau. J'espère vraiment que les gens vont prendre les restrictions au sérieux, pas juste attendre que ça passe.
Et on fait comment avec les touristes qui arrivent à Saint-Leu et qui demandent à remplir le jacuzzi de leur location ? Sérieusement, la saison touristique qui s'annonce et on nous parle de restrictions, lé pa fasil de jongler avec tout ça.
Sur mes chantiers à Saint-Paul, on est déjà en train de revoir toute la gestion de l'eau pour les coffrages et le nettoyage des outils. C'est pas anodin, ça change l'organisation et les coûts. Ce qui m'inquiète surtout c'est l'intrusion d'eau salée dans les nappes du Port, parce que si on arrive à un point de non-retour là-dessus, c'est toute la zone qui trinque pour des années.