36,4 %. C'est le taux de pauvreté enregistré à La Réunion en 2023, selon les données publiées par l'Insee sur les revenus des ménages. Parmi les départements couverts par cette étude, l'île arrive en tête des territoires les plus touchés, loin devant la moyenne nationale de 16,2 %.
La Seine-Saint-Denis se place en deuxième position, à 29,5 % — soit sept points de moins que La Réunion. Un écart qui dit quelque chose de la profondeur des inégalités territoriales entre l'île et le reste du pays.
Le niveau de vie médian complète ce tableau. À La Réunion, il s'établit à 21 250 euros annuels en 2023, contre 25 840 euros à l'échelle nationale. Dans certains départements franciliens comme les Hauts-de-Seine ou Paris, ce seuil dépasse les 30 000 euros par an. Concrètement, la moitié des Réunionnais vit avec moins de 1 770 euros par mois, dans un territoire où le coût de la vie reste structurellement élevé.
L'étude de l'Insee porte uniquement sur la France métropolitaine et La Réunion. Les autres départements d'outre-mer — Mayotte, Guyane, Martinique, Guadeloupe — n'y figurent pas. Un périmètre à garder en tête : dans les publications antérieures, Mayotte et la Guyane affichent des indicateurs sociaux encore plus dégradés.
L'institut signale par ailleurs que les données 2023 reposent sur une nouvelle méthodologie, baptisée « Filosofi 2 ». Toute comparaison directe avec les années précédentes est donc à exclure.


7 commentaires
@Mickaëla, je comprends tout à fait ce que vous exprimez, et c'est vrai que derrière les statistiques il y a des réalités humaines concrètes. Une petite nuance cependant : le taux de pauvreté monétaire mesuré par l'Insee repose sur un seuil calculé à partir du revenu médian national, ce qui tend mécaniquement à accentuer l'écart pour les territoires ultramarins où les transferts sociaux représentent une part importante du revenu disponible. Cela ne minimise pas la difficulté réelle, mais ça change un peu la lecture qu'on peut faire de ce chiffre de 36,4 %.
Dans le cirque, y'a des familles qui cultivent depuis trois générations et qui vivent quand même avec pas grand chose. Nous lé pa fasil ici, entre les routes coupées à chaque saison des pluies et les prix qui grimpent à chaque fois qu'on descend faire les courses à Saint-Denis. Ces chiffres, on les sent dans nos poches bien avant de les lire dans un article.
Ces chiffres font réfléchir, vraiment. Derrière chaque pourcentage il y a des familles, des personnes qui portent des charges invisibles au quotidien. C'est justement pour ça que construire une activité ancrée ici, pour les gens d'ici, ça prend un sens différent. Mais je ne veux pas minimiser la réalité non plus : lancer quelque chose quand la moitié de la population vit avec moins de 1 770 euros par mois, ça oblige à revoir entièrement son modèle, ses prix, sa manière d'accompagner.
Ces données rappellent ce que les chercheurs du CEROM documentent depuis des années : la pauvreté réunionnaise est structurelle, pas conjoncturelle. Ce qui m'interpelle particulièrement, c'est l'articulation entre ce niveau de vie médian à 21 250 euros et un système éducatif qui doit composer avec des élèves dont les familles vivent sous ce seuil. À Bras-Panon, on le voit dans les associations : les gamins qui arrivent en atelier de lecture le mercredi après-midi, souvent c'est aussi le seul goûter chaud de la journée. Les chiffres de l'Insee donnent un cadre, mais le travail de terrain, lui, il ne se lit pas dans un tableau.
Premier département le plus pauvre et pourtant on a un des plus beaux lagons du monde — ça résume bien le paradoxe péi.
36 % de pauvreté et un coût de la vie parmi les plus élevés du pays... on vit ça tous les jours dans les exploitations. Les intrants, le carburant, les pièces pour le matériel, tout arrive par bateau avec la majoration qui va avec. La coopérative fait ce qu'elle peut pour mutualiser, mais y'a des limites. Tant que la dépendance aux importations sera aussi forte, ces chiffres vont pas bouger.
Article intéressant, mais une précision s'impose : la mention de la nouvelle méthodologie Filosofi 2 est importante et mérite d'être soulignée davantage. L'Insee insiste lui-même sur le fait que cette rupture de série rend toute comparaison avec les données antérieures techniquement invalide. Ce n'est pas un détail : si on compare ce taux de 36,4 % avec celui de 2019 ou 2020 sans précaution, on peut tirer des conclusions erronées sur l'évolution réelle de la pauvreté à La Réunion. Ce serait utile que la rédaction le rappelle plus clairement en corps d'article.