Le Syndicat de la magistrature soutient la grève des avocats contre la loi SURE. Pour Jasmine Hoefleur, déléguée régionale du syndicat à La Réunion, cette réforme judiciaire « dessert les victimes », contrairement aux objectifs affichés par le gouvernement.
Depuis avril, tous les barreaux de France protestent contre ce texte porté par le Garde des Sceaux Gérald Darmanin. Le mouvement doit s'intensifier à partir du 13 avril, date d'examen parlementaire. Au cœur des critiques : la procédure de plaider-coupable étendue aux affaires criminelles.
« Vous passez entre 5 à 10 minutes devant le procureur, 5 minutes devant le juge », explique la magistrate. Cette procédure accélérée vise officiellement à réduire les délais de traitement, jugés « préjudiciables pour les victimes ». Mais Jasmine Hoefleur y voit une fausse solution : « C'est ça la loi SURE, 10 minutes pour 20 ans » de prison.
Les délais judiciaires s'expliquent par des facteurs structurels. La parole des victimes occupe désormais une place centrale, notamment dans les affaires de mœurs en hausse. Le recours à la justice s'est généralisé. « On n'est pas suffisamment nombreux », rappelle la déléguée, citant les chiffres européens : 17,6 juges pour 100 000 habitants contre 11,3 en France.
La loi SURE prévoit aussi d'allonger la détention provisoire de 12 à 18 mois. À La Réunion, la Chambre de l'Instruction multiplie les prolongations exceptionnelles face aux délais d'attente. Certains accusés patientent 4 à 5 ans avant leur procès. « Juger quelqu'un alors qu'il a refait sa vie, c'est compliqué », constate Jasmine Hoefleur.
Pour le syndicat, cette réforme s'appuie sur une logique de « stock » sans traiter le manque d'effectifs. « Si on veut sortir les victimes du procès pénal, alors faisons une vraie place au procès civil », plaide la magistrate, qui réclame des lieux d'expression adaptés aux traumatismes subis.


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