Espace membre :

Suivez-nous

La Réunion sous-assurée : un manque à couvrir de 215 millions d'euros

Partager sur :
La Réunion sous-assurée : un manque à couvrir de 215 millions d'euros

Assurance à La Réunion : une sous-assurance persistante face à des risques climatiques en hausse - Crédit Zinfos974 - Société


693 millions d'euros de cotisations versées en assurance dommages en 2024 à La Réunion, mais un manque à couvrir estimé à 215 millions d'euros supplémentaires : c'est le constat de l'Institut d'émission des départements d'Outre-mer (IEDOM) dans une étude publiée fin juin. Rapporté à la richesse produite sur le territoire, le niveau de cotisations reste inférieur d'environ 30 % à ce qu'il devrait être.

Le tableau est d'autant plus inquiétant que l'exposition aux risques naturels a augmenté. Après les cyclones Belal en 2024 puis Garance en 2025, le coût des sinistres a dépassé tous les niveaux enregistrés sur les vingt dernières années. L'IEDOM anticipe une progression des sinistres comprise entre 47 et 85 % à l'horizon 2050, selon les scénarios climatiques retenus. Dans ce contexte, les primes d'assurance pourraient grimper et les compagnies devenir plus sélectives sur les biens exposés aux submersions ou aux éboulements.

La sous-assurance frappe d'abord les ménages. Selon les données de l'Insee citées dans l'étude, 68 % des ménages réunionnais étaient couverts par une assurance habitation en 2017, contre 97 % en France hexagonale. Près d'un tiers des habitants ne disposaient donc d'aucune assurance multirisque habitation. L'IEDOM cite plusieurs facteurs : un niveau de vie plus faible, un déficit d'information sur les risques, une confiance dans la solidarité familiale ou nationale, et des conditions de logement qui amènent certains ménages à considérer l'assurance comme une dépense secondaire.

Le tissu économique n'est pas épargné. L'étude relève que certaines entreprises assurent leurs bâtiments ou équipements sans souscrire de garantie perte d'exploitation, pourtant indispensable après un cyclone. En 2023, les cotisations versées pour les dommages aux biens professionnels n'atteignaient que 61 millions d'euros. La densité du réseau de distribution illustre aussi ce retard : l'île compte 5,5 points de vente d'assurance pour 10 000 habitants, contre 9 en moyenne dans l'Hexagone.

L'étude aborde également une évolution réglementaire récente. Depuis la loi de finances 2026, une garantie obligatoire couvrant les émeutes et mouvements populaires est intégrée aux contrats d'assurance, en réponse aux violences urbaines observées en 2024 en Martinique et en Nouvelle-Calédonie. Un fonds national de mutualisation, géré par la Caisse centrale de réassurance, sera financé par une taxe plafonnée à 1,5 % des primes d'assurance.

Sur la prévention, l'IEDOM s'appuie sur des travaux estimant qu'un euro investi dans la prévention des risques naturels permettrait d'éviter en moyenne trois euros de dommages, à condition que les règles de construction et d'urbanisme soient effectivement respectées.

Source

9 commentaires

Écrivez votre commentaire...
D
David 30/06/2026 à 15:11

@Lulu, je reconnais exactement ce que tu décris. Moi après Belal j'ai fermé trois semaines, les touristes avaient annulé, le lagon était plein de débris, et mon assureur m'a sorti que la perte d'exploitation c'était une option que j'avais pas cochée. Une option. Comme si on savait à l'avance qu'un cyclone allait nous laminer. C'est ça le truc, on signe des contrats de 40 pages sans comprendre ce qu'on achète vraiment, et c'est nous qui payons l'addition à la fin.

L
Lastron-Leïla 30/06/2026 à 14:14

@KékéSurf et @Maéva, vous mettez le doigt sur un truc réel : le problème c'est pas juste le manque d'assurance, c'est le manque d'info claire sur ce qu'on signe. Y'a un vrai sujet de pédagogie là, et franchement les assureurs pourraient faire bien mieux que des brochures illisibles.

L
Lulu 30/06/2026 à 14:07

Moi après Belal j'ai perdu mon frigo, mon matériel de cuisson, et deux semaines de boulot sur le front de mer, et j'ai touché quasiment rien parce que mon contrat couvrait pas la perte d'exploitation. J'avais même pas fait le rapprochement entre mon assurance et ce genre de perte, je pensais que c'était juste pour les dégâts physiques. Mon assureur il m'a expliqué ça après coup, c'est un peu tard. Maintenant j'ai changé de contrat mais ça m'a coûté un moment difficile, les domoun autour du food truck ils savaient pas trop pourquoi je rouvrais pas, et franchement expliquer ça c'est pas simple quand t'as juste la tête sous l'eau.

A
Anaëlle 30/06/2026 à 13:07

@KékéSurf, c'est exactement ce genre de témoignage qu'on devrait étudier en cours. On parle beaucoup de business plan, de financement, de pivot stratégique, mais la gestion des risques assurantiels c'est abordé en deux diapositives et puis voilà. Est-ce que quelqu'un sait s'il existe des formations spécifiques ou des ateliers sur ce sujet à La Réunion, genre portés par la CCI ou des incubateurs locaux ?

M
Maéva 30/06/2026 à 13:01

Ce chiffre de 68 % des ménages couverts contre 97 % dans l'Hexagone, franchement ça fait réfléchir. Pour mon activité j'ai pris une assurance pro dès le départ, mais j'ai mis du temps à comprendre ce que la perte d'exploitation couvrait vraiment, et y'a pas eu grand monde pour m'expliquer. Un réseau de distribution deux fois moins dense qu'en métropole, ça explique sûrement beaucoup de choses.

K
Karambole 30/06/2026 à 12:31

Moi j'assure mes serres, mon matériel d'irrigation, mais j'ai jamais pensé à couvrir la perte de récolte après un passage de cyclone. Après Belal j'ai perdu trois semaines de production de chouchou et de combava, et c'est sorti de ma poche. Maintenant je comprends mieux pourquoi i fo pas séparer les deux.

V
Vavangue 30/06/2026 à 11:13

1 euro de prévention pour 3 euros de dégâts évités, c'est pas sorcier comme calcul.

R
Roselyne 30/06/2026 à 11:08

Ici à Salazie on connaît les glissements de terrain, les routes coupées, la récolte qui part sous l'eau. Et pourtant les familles du cirque n'assurent presque rien, pas par négligence, plutôt parce que les primes sont chères et qu'on se dit que de toute façon i fo faire avec ce que le bon Dieu envoie. Mais si les compagnies deviennent encore plus sélectives sur les zones à risque comme ils disent dans l'article, ça va être quoi pour nous dans les hauts ?

K
KékéSurf 30/06/2026 à 11:05

Mon école, on a failli couler après Belal, pas à cause des dégâts directs mais parce qu'on a perdu deux mois de saison et y'avait zéro couverture perte d'exploitation. J'avais même pas réalisé que ça existait ce type de garantie. On apprend à nos dépens.