La CPME Réunion a fait part mercredi 6 mai de sa « vive préoccupation » face aux répercussions de la hausse des carburants et des tensions géopolitiques sur les entreprises de l'île. Reçue à la préfecture dans le cadre du Comité départemental d'accompagnement et de soutien des entreprises, l'organisation patronale a réclamé des aides automatiques et un plan de résilience pour prévenir une vague de défaillances.
« Les TPE-PME et ETI réunionnaises sont le cœur battant de notre tissu économique et sans un accompagnement plus vigoureux, la crise énergétique pourrait se transformer en crise économique durable », alerte Pascal Plante, président de la CPME. L'organisation dénonce un « climat d'incertitude » nourri par les tensions autour du conflit avec l'Iran et la nouvelle hausse des prix des carburants annoncée pour mai.
Les dispositifs d'aide existants sont jugés trop complexes et insuffisants. La CPME pointe un système « de guichet » qui exclurait de nombreuses entreprises industrielles et de services, et réclame une « simplification immédiate » avec le passage à un mécanisme de « remise automatique », pour épargner aux entreprises déjà fragilisées des démarches administratives lourdes. Elle demande aussi d'élargir ces aides à toutes les sociétés dont les coûts énergétiques pèsent fortement sur les marges, au-delà des secteurs habituellement ciblés comme le transport ou l'agriculture.
Les délais de paiement constituent une autre source d'inquiétude. L'organisation rappelle que « 25 % des défaillances d'entreprises sont directement liées à des retards de paiement » et appelle les grands donneurs d'ordre publics et privés à tenir leurs engagements, notamment en appliquant les clauses de révision des prix face à l'envolée des coûts.
La CPME propose surtout la création d'un « Plan de Résilience Économique », calqué sur une logique proche des dispositifs Orsec appliquée à l'économie. Parmi les pistes avancées : un droit automatique à la poursuite d'activité assorti de moratoires fiscaux et sociaux, la création d'une banque de relance territoriale gérée par Bpifrance, et des diagnostics express pour repérer les entreprises les plus vulnérables. « Nous ne pouvons plus nous contenter de pansements », affirme Pascal Plante.
La préfecture aurait accepté d'ouvrir rapidement des discussions avec les partenaires économiques pour examiner ces propositions, selon la CPME. Un travail commun doit être engagé avec plusieurs organisations patronales et professionnelles locales.


7 commentaires
Comme dit Nadine Saint-Louis, on attend depuis des mois. Nous à Salazie on a eu un printemps difficile, beaucoup de pluie sur les cultures, les prix du carburant pour descendre les récoltes en bas ont encore augmenté. Les familles du cirque elles cumulent les problèmes et les diagnostics express c'est bien, mais faut que quelqu'un monte jusqu'ici les faire, ces diagnostics.
Le principe du plan de résilience, pourquoi pas, mais j'aimerais qu'on parle des indépendants et des freelances qui tombent complètement entre les mailles. La CPME défend les TPE-PME, c'est son rôle, mais un auto-entrepreneur en prestation informatique il rentre dans quelle case de leur plan ? Ni dans le transport, ni dans l'agriculture, souvent exclu des dispositifs énergie parce que ses charges sont jugées 'faibles'. Le problème c'est que ces propositions reproduisent les mêmes angles morts que les dispositifs existants qu'ils critiquent eux-mêmes.
Ce qui me touche dans la démarche de la CPME c'est qu'ils ne subissent pas en silence, ils proposent. C'est exactement cet état d'esprit qu'il faut cultiver, même dans l'adversité.
Ce type de plan de résilience économique territoriale, j'en ai vu une version approchante en Bretagne après la crise des éleveurs en 2015, avec des diagnostics express et des cellules de veille locales. C'était imparfait mais ça avait permis d'éviter plusieurs faillites. Ici les contraintes insulaires ajoutent une couche de complexité, mais le modèle est exportable. Ce qui m'intéresse c'est de savoir si les ETI industrielles de l'île sont vraiment associées aux discussions ou si on parle encore surtout du commerce et du BTP.
L'idée d'une banque de relance territoriale portée par Bpifrance mérite qu'on s'y attarde sérieusement. La question que je pose c'est : quels critères d'éligibilité, quels taux, et surtout qui pilote réellement au niveau local pour éviter que ça devienne un énième dispositif national mal adapté à nos réalités insulaires ? Les moratoires fiscaux et sociaux sont un outil connu, efficaces à court terme, mais ils reportent une charge qui revient tôt ou tard. La vraie question structurelle reste celle des marges : tant que les coûts d'approvisionnement et d'énergie restent durablement plus élevés qu'en métropole sans compensation pérenne, aucun plan de résilience ne suffira sur la durée.
Un plan Orsec appliqué à l'économie, j'avais jamais entendu cette formule mais franchement ça fait sens ! Le problème c'est le temps, lé pa fasil d'attendre que les discussions s'ouvrent quand les charges tombent chaque mois. J'espère que la préfecture va vraiment mettre les choses en mouvement vite.
C'est bien beau de réclamer un plan à la préfecture, mais en attendant nous on paye le loyer, les factures d'électricité qui ont encore grimpé, et les clients qui viennent de moins en moins. Ça fait des mois que j'entends parler de guichets d'aide, mais chaque fois que j'essaie de monter un dossier y'a un formulaire qui manque ou un critère que je remplis pas. La remise automatique que demande la CPME, ça c'est ce dont on a vraiment besoin, pas des démarches de plus.