La Réunion concentre toutes les fragilités du régime d'indemnisation des catastrophes naturelles. Moins assurée que la métropole, plus exposée aux cyclones et aux pluies extrêmes, l'île révèle les failles d'un système que la Cour des comptes juge « confronté à des risques croissants ». Dans un rapport publié fin avril, l'institution alerte sur un modèle efficace mais menacé, dont l'équilibre pourrait céder en premier dans les Outre-mer.
Le taux d'assurance habitation atteint 97 % en métropole. À La Réunion, il tombe à 68 %. Cette réalité traduit « une couverture nettement plus inégale en outre-mer », selon la Cour. Or les risques couverts par le régime Cat-Nat — cyclones, submersions, pluies torrentielles — y sont structurels. Le décalage est donc profond.
Le système repose sur une logique de solidarité nationale : chaque assuré paie une surprime identique, quel que soit son niveau d'exposition. Sans ce filet, « le coût d'une assurance Cat-Nat dans les Antilles serait dix fois plus élevé », précise le rapport. Mais cette solidarité vacille. Le changement climatique modifie l'équation : les sinistres se multiplient, leur coût s'emballe. À horizon 2050, les indemnisations pourraient bondir de 47 % à 85 %.
Les Outre-mer forment d'ores et déjà une zone de fragilité avancée. La présence des assureurs y est « nettement plus fragile », avec un risque de retrait progressif dans les secteurs les plus exposés. Par ailleurs, certains événements climatiques aujourd'hui considérés comme exceptionnels pourraient ne plus l'être demain. En devenant plus fréquents, ils sortiraient du champ du régime Cat-Nat. Une partie des sinistres ne serait alors plus indemnisée dans les mêmes conditions, renvoyant les assurés vers des contrats classiques, plus coûteux et moins protecteurs.
Face à ces risques, la Cour mise sur la prévention : urbanisme, adaptation du bâti, information des populations. Des chantiers qu'elle juge incontournables pour préserver l'assurabilité des territoires. Sans évolution rapide, le scénario est clairement posé : « les charges croissantes rendront le régime insoutenable ».


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