Un aller-retour La Réunion-Hexagone peut atteindre 2 000 euros en haute saison. Derrière ce prix, un rapport parlementaire remis fin avril pointe un système fiscal que les députés de la délégation aux Outre-mer qualifient de « maquis de taxes, redevances et surcharges » devenu illisible.
Le transport aérien français supporte chaque année près de 3 milliards d'euros de prélèvements. À La Réunion, la seule taxe sur le transport aérien de passagers dépasse désormais 36 euros par billet en classe économique. La réforme du tarif de solidarité, entrée en vigueur en 2025, a encore alourdi la note : certains montants ont bondi de 180 %. L'État revendique cette hausse pour « faire contribuer les passagers aériens à l'effort de rétablissement des comptes publics ».
Mais où va l'argent ? Une partie des taxes payées par les passagers ultramarins abonde l'Agence de financement des infrastructures de transport de France, qui consacre l'essentiel de ses ressources à des projets ferroviaires en Hexagone. Les rapporteurs jugent ce mécanisme « difficilement justifiable » : les ultramarins financent indirectement des infrastructures dont ils ne profitent pas.
Les cinq députés — Béatrice Bellay, Élie Califer, Frantz Gumbs, Stéphane Lenormand et Davy Rimane — ont conduit 29 auditions en deux mois pour produire ce rapport de près de 80 pages. Leur constat est direct : dans les Outre-mer, l'avion n'est pas un choix, c'est une nécessité. Plus de 95 % des flux intercontinentaux reposent exclusivement sur le transport aérien.
Un autre écart budgétaire frappe. La dotation de continuité territoriale atteint environ 17 euros par habitant dans les Outre-mer, contre plus de 700 euros en Corse. « Voulons-nous que les Outre-mer soient pleinement intégrés à la République ou faut-il accepter qu'ils soient durablement pénalisés par leur éloignement ? », demande la députée Béatrice Bellay.
Depuis le 1er mai 2026, La Réunion, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane sont intégrées à la Charte sociale européenne. Ce traité, ratifié par la France en 1973, était jusqu'ici inapplicable outre-mer. Cette évolution ouvre la possibilité de contester certaines situations devant des instances européennes et d'interroger l'État sur ses obligations en matière de droits sociaux et économiques. Le transport aérien pourrait rapidement s'inviter dans ce débat.


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