La réunion de crise organisée mardi à la préfecture de La Réunion s'est terminée sans accord, après près de deux heures d'échanges tendus. Autour de la table : élus, acteurs économiques, transporteurs et opérateurs pétroliers. Au cœur des débats, une perspective redoutée : une forte hausse du gazole en mai, tandis que le sans-plomb resterait relativement stable. Le préfet a exprimé ses craintes face au risque d'une crise sociale dans un territoire où le prix du carburant pèse directement sur les transports et le budget des ménages.
Huguette Bello et Fabrice Hoareau représentaient la Région. Les députés Karine Lebon et Jean-Hugues Ratenon étaient présents, de même qu'Olivier Fontaine, Pierrick Robert, les représentants de l'OPMR et Vianney Setama. Malgré les alertes lancées pendant la séance, les opérateurs pétroliers n'ont annoncé aucun geste concret.
Les échanges se sont particulièrement crispés lorsque le représentant de la SRPP a évoqué un risque de pénurie et rejeté la proposition de lissage défendue par l'intersyndicale. Une prise de position qui contraste avec le discours tenu fin mars lors d'un point presse sur le site de la SRPP, où l'État assurait qu'aucune rupture d'approvisionnement n'était à craindre. Cette menace intervient après un épisode resté discret : un lot de 11,2 millions de litres de SP95 stocké au dépôt pétrolier du Port avait été déclaré non conforme et réexpédié hors du territoire après autorisation préfectorale exceptionnelle. Ce volume représente près d'un mois de consommation de sans-plomb sur l'île.
La SRPP a plaidé pour une intervention de l'État via le chèque énergie, dont la campagne 2026 a débuté le 1er avril. Selon l'opérateur, un effort public sur ce levier permettrait de réduire les prix de 11 centimes. Mais plusieurs participants ont mis en cause les pétroliers et leur manque d'effort. Les députés Karine Lebon et Jean-Hugues Ratenon, les représentants de l'OPMR ainsi que Pierrick Robert, président de la CCIR, ont tous réclamé davantage de transparence sur les coûts, les marges et les solutions disponibles.
Dans les dernières minutes, le représentant de la DEETS a suggéré que les opérateurs renoncent à leurs 9 centimes de marge, au moins pour un mois. La proposition a été accueillie avec des sourires du côté des pétroliers. Le préfet a alors haussé le ton et fixé un ultimatum, laissant jusqu'à 16h30 aux compagnies pour annoncer un geste. Il avait lancé plus tôt : « Votre dialectique est habile. Vous vous retranchez derrière l'État. Vous expliquez ici que vous ne pouvez rien faire. C'est inacceptable. » Avant d'avertir : « Je ne mettrai pas un escadron de gendarmerie tous les matins, comme je l'ai fait lundi, pour protéger vos installations. »
Faute d'accord, le représentant de l'État a proposé une sortie provisoire : organiser rapidement une réunion technique à la DEETS. Dans un premier temps, seule la SRPP s'est montrée favorable à cette piste. TotalEnergies a indiqué ne pas disposer de mandat pour négocier sur place, une position reprise par les autres opérateurs. Après de nouveaux échanges, les pétroliers ont finalement accepté le principe d'une réunion collective consacrée à l'étude d'un possible lissage des prix. Des rendez-vous individuels, compagnie par compagnie, doivent également être organisés sur la question des marges — les opérateurs ayant prévenu qu'ils n'attendaient que peu d'avancées sur ce terrain.
Huguette Bello a rappelé la seule proposition concrète mise sur la table. La Région avait annoncé la semaine dernière une aide supplémentaire de 5 centimes pour les professionnels, venant s'ajouter aux 10 centimes déjà actés, sous condition d'un engagement des pétroliers et d'une mobilisation plus large des acteurs publics. Elle a interpellé les opérateurs : « Tous vos chiffres indiquent que vous êtes en mesure de faire un geste. J'en appelle à votre sens des responsabilités. » À l'issue de la réunion, aucune annonce concrète n'est ressortie. La pression reste entière à quelques jours de la fixation des tarifs du 1er mai.


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