Tereos France étudie plusieurs scénarios pour faire évoluer le capital de Tereos Océan Indien, dont l'entrée de nouveaux actionnaires majoritaires au sein des Sucreries de La Réunion. Le groupe coopératif conserverait une participation minoritaire, autour de 20 % selon certaines sources. Un dossier sensible, qui pourrait redistribuer les équilibres de la filière canne à La Réunion.
« C'est un tournant pour La Réunion », confie sous couvert d'anonymat un chef d'entreprise local. Le dossier, circonscrit aux hautes sphères économiques et probablement à la préfecture, se traite au sein d'un comité restreint dont les décisions engageront l'avenir de toute la filière.
Cette recomposition de l'actionnariat survient alors que Tereos France traverse une passe difficile. Les comptes sociaux 2025 du groupe coopératif reflètent un exercice en net recul : le chiffre d'affaires a reculé de 11 %, à 1,846 milliard d'euros. Au niveau consolidé, le groupe affiche une perte de 572 millions d'euros. Le résultat net tombe à 28,6 millions d'euros, contre 114,4 millions un an plus tôt. La trésorerie se contracte à 4,9 millions d'euros, malgré une réduction de la dette, qui demeure élevée à 1,309 milliard d'euros.
À La Réunion, la situation est inverse. La filiale réunionnaise a mieux résisté à la chute des prix du sucre que sa maison mère. En 2025, plus de 41 millions d'euros de dividendes ont été remontés de La Réunion vers la structure nationale.
Tereos a cédé plusieurs actifs ces derniers mois. En janvier, le groupe a vendu une usine au Brésil à Viralcool. Le 26 mars, il a annoncé la cession de sa participation de 40 % dans Sucrières des Mascareignes Ltd, à Maurice, au profit de Miwa Sugar Ltd.
Un tour de table aurait été engagé depuis plusieurs mois avec des investisseurs et des entreprises locales. Les rhumiers auraient été incités à participer pour sécuriser leur approvisionnement en mélasse. Plusieurs groupes auraient été approchés. Contacté, Jérôme Isautier a indiqué ne pas avoir formulé d'offre. Les 10 % du capital détenus par la SAB (Société Adrien Bellier) ne seraient pas à vendre. Un grand groupe de la distribution et Albioma auraient décliné.
Ce mouvement s'inscrit dans un contexte de crise structurelle de l'industrie sucrière réunionnaise : les tonnages ont tout juste dépassé le million de tonnes de cannes livrées l'an dernier. « Nous ferons tout pour éviter que les Mauriciens prennent la main sur la filière canne de La Réunion. L'actionnariat local ne se laissera pas faire », assure un capitaine d'industrie local sous couvert d'anonymat.
Contacté, Tereos Océan Indien affirme que « Tereos n'envisage pas de se désengager de La Réunion ». La société confirme toutefois une ouverture du capital : « L'enjeu serait de renforcer le rôle des actionnaires locaux via la diversification de la détention du capital des Sucreries de La Réunion, ceci en l'ouvrant à des acteurs économiques locaux ou nationaux, pour en conforter la pérennité à terme ». Tereos indique étudier cette « possibilité », ce qui explique « de premiers échanges avec des acteurs ».
Si cette recomposition suscite des inquiétudes, certaines sources estiment qu'elle pourrait donner à la filière locale davantage d'autonomie stratégique et financière vis-à-vis du niveau national. Les collectivités — Région Réunion, Département de La Réunion — et l'État ont réaffirmé lors des États généraux de la canne en 2025 leur volonté de soutenir la filière.


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