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SRPP : 64 millions d'euros versés à Rubis en 4 ans

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SRPP : 64 millions d'euros versés à Rubis en 4 ans

En pleine flambée des carburants, la SRPP a versé 64 millions d’euros de dividendes en quatre ans au groupe Rubis


En quatre ans, la Société réunionnaise de produits pétroliers (SRPP) a versé plus de 64 millions d'euros de dividendes à son actionnaire unique, le groupe Rubis. Les comptes 2024 de cette société basée au Port, pivot du stockage pétrolier à La Réunion, font apparaître un bénéfice net de 14,8 millions d'euros. La quasi-totalité de ce résultat, soit 14,82 millions, a été redistribuée sous forme de dividendes.

Ces chiffres ressurgissent dans un contexte tendu. La hausse des carburants du 1er avril avait ravivé les inquiétudes sur le pouvoir d'achat. L'État avait invoqué un choc international : hausse des cours pétroliers, tensions géopolitiques, envolée du fret maritime. Une mécanique mondiale dont l'île, dépendante des importations, ne peut s'affranchir.

Pourtant, au cœur de cette crise, une question s'est imposée dans le débat public : celle des profits réalisés localement dans la chaîne pétrolière. La SRPP occupe une place centrale dans l'approvisionnement de l'île grâce à ses infrastructures de stockage. Elle fait le lien entre les importations et la distribution en stations-service.

Ces résultats relancent un débat ancien à La Réunion : celui d'une économie de rente autour des carburants. Dans ce marché insulaire concentré, où les marges sont fixées par arrêté préfectoral et où les infrastructures stratégiques restent entre les mains de quelques acteurs, la rentabilité apparaît sécurisée. Les hausses internationales se répercutent sur les consommateurs, tandis que les opérateurs locaux évoluent dans un cadre économique stable.

La SRPP s'intègre dans la structure capitalistique de Rubis Energie, vers laquelle remontent les dividendes de ses filiales. Les comptes 2024 de la maison mère affichent un bénéfice net de 245,2 millions d'euros, porté en grande partie par 330,7 millions d'euros de produits financiers de participations. Rubis Energie a décidé, au titre de cet exercice, de distribuer plus de 200 millions d'euros à son actionnaire. Une chaîne financière qui dépasse largement le seul cadre réunionnais, et qui alimente, localement, les critiques sur une valeur créée sur l'île avant de remonter vers les étages supérieurs.

Lors de la flambée d'avril, plusieurs responsables politiques avaient réclamé davantage de transparence. La Région Réunion avait demandé que toute la chaîne soit clarifiée, « depuis le prix d'achat à Singapour jusqu'à l'arrivée et la sortie des carburants des cuves de la SRPP ». Le député Philippe Naillet et la sénatrice Audrey Bélim avaient plaidé pour des mesures de protection du pouvoir d'achat, estimant « légitime » que les compagnies pétrolières contribuent à limiter la hausse des prix à la pompe.

À La Réunion, les prix des carburants sont encadrés chaque mois par arrêté préfectoral selon une formule intégrant cotations internationales, fret, change euro-dollar, fiscalité locale et marges réglementées. La SRPP ne fixe donc pas seule les tarifs payés par les automobilistes. Reste que dans un territoire où la vie chère est une réalité quotidienne et la voiture une nécessité, ces résultats financiers solides entretiennent un sentiment tenace : celui d'un système où chaque crise pèse immédiatement sur les consommateurs, mais beaucoup moins sur certains acteurs économiques.

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