La ferme pédagogique du Domaine Palssade, à Saint-André, fermera ses portes au public le 31 août. Son propriétaire, Daniel Vee, a annoncé sa décision lundi dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, visionnée plus de 241 000 fois en début d'après-midi. Dès le lendemain, plusieurs collectivités et propriétaires privés lui avaient déjà soumis des propositions de terrains pour relocaliser son activité.
Derrière cette décision, plus de vingt ans de conflit de voisinage. Les riverains dénoncent des nuisances sonores liées aux réceptions organisées sur le domaine et affirment avoir déposé une trentaine de plaintes auprès des autorités. Daniel Vee conteste ces accusations et dit avoir mis fin aux réceptions dès 2019 : « Depuis 2019, on a arrêté de faire des réceptions. La seule réception que j'ai faite ici, c'était la communion de ma fille, il y a deux ans, que j'ai dû arrêter à 23 heures pour plaintes du voisin. » Il affirme avoir lui aussi déposé des plaintes, restées selon lui sans suite.
Daniel Vee décrit des conditions d'accès dégradées. Il accuse ses voisins de placer sur le chemin des « fers aiguisés qu'ils enfoncent dans le sol avec un marteau », provoquant des crevaisons. À cela s'ajoute un problème d'eau potable qui durerait depuis une quinzaine d'années : compteur et plusieurs centaines de mètres de tuyaux auraient été dégradés ou volés, sans qu'une solution durable soit trouvée avec la mairie. Une situation qu'il juge incompatible avec l'accueil du public, et notamment des groupes scolaires. « Des fois, on reçoit 250 élèves. Ici, on est la seule ferme à La Réunion où 250 élèves peuvent venir. Ils réservent le bus une année à l'avance pour pouvoir passer une journée avec les enfants. On n'a pas d'eau potable. »
« C'est un ras-le-bol. On ne peut plus. Si on n'a pas trouvé de solution, je suis obligé de fermer. Je n'ai pas le choix. » Ouverte il y a six ans à la suggestion de sa sœur, alors directrice d'école, la ferme accueille en moyenne plus de 300 personnes par jour en période de vacances scolaires, avec la possibilité de payer l'entrée de façon différée. Ce mardi matin, malgré l'annonce, les visiteurs étaient toujours là.
La fermeture au public ne signifie pas la fin de l'élevage. Daniel Vee possède plus de 300 animaux, antérieurs à l'ouverture de la ferme, et a précisé qu'ils ne sont pas à vendre. Il cherche un terrain à acquérir pour reconstruire les installations : « Je ne vais pas construire un bâtiment sur un terrain qu'il faudra rendre dans sept ou huit ans, parce que je veux que les animaux soient bien. » Les premières propositions reçues semblent l'avoir conforté dans cette intention. « J'ai envie de continuer. Je n'ai jamais voulu arrêter de travailler. C'est ma passion. »
Contactés, les voisins n'ont pas souhaité réagir davantage. L'un d'eux a indiqué dans un message : « nous, on combat pour la tranquillité », réfutant les accusations portées par le propriétaire.


3 commentaires
Des fers aiguisés dans le chemin, si c'est avéré c'est une infraction pénale, point. J'ai eu des conflits de voisinage sur des chantiers, on a même eu des outils volés, mais là on parle de mise en danger délibérée. Les plaintes sans suite pendant vingt ans ça soulève des questions sur comment les autorités gèrent ce genre de dossier dans certaines communes.
J'emmène des groupes dans les hauts chaque semaine et je sais à quel point c'est compliqué de gérer un site d'accueil du public quand l'environnement immédiat devient hostile. Une ferme pédagogique comme celle-là, c'est rare à La Réunion, les enfants qui découvrent les animaux, la terre, le vivant, ça ne se remplace pas facilement par une sortie en salle de classe. Ce qui me préoccupe c'est le temps que va prendre la relocalisation, parce que les écoles qui réservent un bus un an à l'avance ne peuvent pas attendre indéfiniment. J'espère que les collectivités qui ont proposé des terrains vont accélérer les choses concrètement.
Ce qui me touche c'est qu'il continue malgré tout. Des propositions de terrain dès le lendemain, ça montre que le péi-la soutient ceux qui travaillent vraiment. J'espère qu'il trouvera vite un endroit pour reconstruire.