Un projet de formation spécialisée dans les enquêtes internes sur le harcèlement, la discrimination et la souffrance au travail pourrait voir le jour prochainement à La Réunion. L'initiative est portée par l'École Nationale des Enquêteurs en Risques Professionnels (ENERP), fondée par Christian Bos, juge au Conseil de prud'hommes et créateur du groupe MAAT.
L'ambition va au-delà de quelques sessions ponctuelles. Les porteurs du projet veulent installer une activité durable autour de l'enquête professionnelle et de la prévention des risques psychosociaux — un domaine où les employeurs, publics comme privés, font face à des obligations légales croissantes. En cas de signalement de harcèlement moral, sexuel ou de discrimination, ils sont tenus de diligenter des investigations sérieuses. Or peu de professionnels disposent aujourd'hui d'une formation réellement adaptée à ces situations.
Le programme de l'ENERP combine droit du travail, méthodologie d'enquête, analyse organisationnelle et approche psychosociale. Une demande d'enregistrement a été déposée auprès de France Compétences pour une reconnaissance au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP). Un diplôme universitaire existe déjà, adossé à l'IAE Metz School of Management et à l'Université de Lorraine, portant sur la conduite des enquêtes internes et le cadre juridique applicable.
La Réunion est envisagée comme tête de pont régionale. Sa position dans l'océan Indien ouvre, selon les responsables du projet, des perspectives vers Mayotte, Maurice, Madagascar ou les Seychelles. Des discussions pourraient être engagées avec l'IAE Réunion pour développer localement une partie de l'offre universitaire. Le projet prévoit également la création d'un réseau professionnel, le Groupement des Enquêteurs en Risques Professionnels (GERP), structuré autour de principes de neutralité, d'indépendance et de confidentialité.
Les formations seraient largement dispensées en présentiel. Pour les initiateurs du projet, les enquêtes portant sur des situations humaines sensibles — conduite d'entretien, analyse contradictoire, posture professionnelle — ne peuvent pas s'enseigner uniquement à distance. Des actions de prévention compléteraient le dispositif : sensibilisation des managers, audits organisationnels, accompagnement en qualité de vie au travail. À ce stade, aucune implantation officielle n'a été annoncée. Le groupe MAAT est en recherche de partenaires locaux.


6 commentaires
Ce type de formation, j'en ai entendu parler quand j'étais encore à Nantes, c'était porté par des cabinets RH spécialisés mais souvent déconnecté du terrain. Ce qui m'intéresse ici c'est l'angle présentiel assumé, parce que dans l'industrie on a souvent essayé de tout dématérialiser et les résultats sur les sujets sensibles sont vraiment limités. La dimension océan Indien me semble aussi être un vrai levier si la connexion avec Mayotte ou Maurice se concrétise, c'est là que le projet prend une autre échelle. @Patrick974, sur le financement, les OPCO peuvent intervenir sur ce type de certification si l'enregistrement RNCP aboutit, c'est comme ça que ça s'est structuré en métropole.
J'ai eu un cas de conflit sérieux sur un chantier y'a deux ans, et franchement je savais pas comment gérer ça correctement. J'ai bricolé avec un avocat mais c'était pas idéal. Si des gens formés spécifiquement pour ça existent à La Réunion, ça peut rendre service aux patrons de TPE comme moi, à condition que ce soit accessible financièrement. Parce que là, i fo pas que ça reste réservé aux grosses boîtes.
Dans le service à la personne, les situations de souffrance au travail, c'est pas rare. Une formation sérieuse pour conduire ces enquêtes en interne, ça manquait vraiment.
Le rapprochement envisagé avec l'IAE Réunion me semble être la vraie question à creuser. Greffer une formation sérieuse sur une structure universitaire locale existante, c'est infiniment plus solide que d'importer un dispositif clé en main depuis la métropole. On a déjà vu trop de projets s'implanter ici avec une logique de franchise sans vraiment tenir compte des spécificités locales.
Le sujet est réel et les obligations légales des employeurs dans ce domaine sont effectivement de plus en plus lourdes. Ce qui m'interpelle, c'est le modèle économique : qui va financer ces formations à La Réunion ? Les PME locales n'ont pas toutes les budgets pour externaliser des enquêtes internes, et les grandes structures publiques ont souvent leurs propres services RH. La tête de pont vers l'océan Indien, c'est séduisant sur le papier, mais ça suppose des partenariats solides qui prennent du temps à construire. À suivre, donc.
Pas mon domaine de prédilection, mais je connais des gens qui ont subi des situations de harcèlement sans jamais avoir eu accès à une procédure sérieuse. Si cette formation permet d'avoir des professionnels formés et neutres plutôt que des enquêtes bâclées en interne, c'est une bonne chose pour le péi-la.