Make Distribution, l'exploitant des hypermarchés Run Market, a enregistré une perte nette de 5,78 millions d'euros sur l'exercice clos au 31 août 2025, contre 12,48 millions d'euros un an plus tôt. Ce redressement intervient quelques jours après l'autorisation, sous conditions, du rapprochement entre le groupe Caillé et le groupe mauricien IBL par l'Autorité de la concurrence.
Le résultat d'exploitation demeure déficitaire, à -5,6 millions d'euros, mais s'est lui aussi amélioré par rapport à l'exercice précédent, où les pertes dépassaient 12,9 millions d'euros. Le chiffre d'affaires est resté quasi stable : 201,1 millions d'euros, contre 203,8 millions en 2024.
L'annexe des comptes rappelle que Make Distribution poursuit son activité dans le cadre du plan de conciliation homologué en 2023. La société met en avant le développement de nouveaux modèles de distribution dans certains rayons, la signature d'un accord de performance collective avec les organisations syndicales et le maintien d'une trésorerie positive sur l'exercice. Les effectifs ont progressé : 638 salariés fin août 2025, contre 604 un an auparavant, soit 34 emplois supplémentaires.
La structure financière reste fragile. Les capitaux propres ont chuté de 13,6 millions d'euros à 7,8 millions d'euros, passant sous la moitié du capital social. Les associés ont décidé de poursuivre l'activité, conformément aux dispositions du Code de commerce. Make Distribution ne respecte plus certains ratios bancaires prévus dans ses contrats de financement ; la société indique avoir sollicité une dérogation auprès de ses établissements financiers et ne pas avoir reçu de demande de remboursement anticipé.
Les commissaires aux comptes signalent par ailleurs un contrôle de l'Urssaf portant sur les exercices 2022 à 2024, qui ferait apparaître, selon la société, un crédit de cotisations de 7,4 millions d'euros. La direction indique également avoir appliqué une interprétation de la loi Pacte ayant généré 1,1 million d'euros d'économies de charges de personnel sur l'exercice 2025. Ces éléments sont mentionnés sans remettre en cause la certification des comptes.
Le rapprochement avec le groupe Caillé était déjà inscrit dans la stratégie de l'entreprise au moment de l'arrêté des comptes. Make Distribution et Caillé Grande Distribution ont déposé leur projet de concentration auprès de l'Autorité de la concurrence le 19 janvier 2026. L'institution a validé l'opération le 31 juillet, sous réserve d'engagements d'IBL sur l'approvisionnement en boissons Coca-Cola, afin de préserver une concurrence équitable sur le marché réunionnais.


7 commentaires
J'ai eu une cliente la semaine dernière, une caissière de Run Market au Tampon, elle m'a dit que depuis quelques mois ça tourne différemment en interne, plus de réunions, plus de chefs qui passent dans les rayons. Elle savait pas trop pourquoi mais elle sentait que quelque chose se préparait. Les domoun sur le terrain voient souvent les choses avant les communiqués officiels.
La condition imposée par l'Autorité de la concurrence sur les boissons Coca-Cola ça m'intéresse. IBL est un acteur énorme dans l'océan Indien, ils ont la main sur pas mal de flux depuis Maurice, et si demain ils verrouillent les contrats d'approvisionnement en boissons sur toute la zone, lé pa fasil pour les distributeurs qui restent indépendants ici. La vraie question c'est ce que ça change pour les volumes qui transitent par le port en termes de contrats d'exclusivité à long terme.
Ce que je me demande rarement lu dans les articles de ce type c'est l'impact humain en coulisses. Quand une entreprise traverse deux ans de pertes et de procédures, c'est souvent les managers intermédiaires qui absorbent la pression sans que ça soit visible nulle part. J'ai des patients qui travaillent dans la grande distribution et la période de conciliation, ça génère une fatigue chronique assez sévère. Les 34 recrutements c'est positif, mais j'espère que l'accord de performance collective inclut aussi du soutien psychosocial, pas juste des ajustements de rémunération.
On fait nos courses à Run Market depuis qu'on est arrivés à La Réunion et franchement on ne se rendait pas compte que l'enseigne était dans cette situation. En métropole on verrait ce genre d'infos passer dans les médias locaux bien avant. Est-ce que la fusion avec Caillé ça va changer quelque chose pour les clients, genre les prix ou les marques disponibles en rayon ? C'est le péi-la qui gagne ou les actionnaires mauriciens qui prennent la main ?
Question peut-être basique mais c'est quoi exactement un plan de conciliation homologué ? On en parle dans certains cours comme d'une alternative à la liquidation mais là en situation réelle je comprends pas bien ce que ça change pour la gestion quotidienne de l'entreprise.
Ce qui me retient dans cet article c'est les 34 emplois supplémentaires créés malgré un contexte financier aussi compliqué. Un accord de performance collective signé avec les syndicats en période de conciliation, c'est loin d'être évident à obtenir, ça demande beaucoup de dialogue. J'espère juste que les conditions de travail suivent et que la pression sur les équipes terrain n'est pas trop forte, parce que souvent dans ces situations de redressement, c'est le personnel qui absorbe l'essentiel des contraintes.
Réduire ses pertes de moitié c'est une bonne nouvelle sur le papier, mais les capitaux propres qui tombent sous la moitié du capital social c'est quand même un signal sérieux. Et les dérogations aux ratios bancaires qu'on attend toujours... on est sur du fragile. La fusion avec Caillé ressemble surtout à une bouée de sauvetage qu'à une vraie stratégie de croissance. Quelqu'un a des infos sur ce que les engagements IBL sur le Coca-Cola impliquent concrètement pour les tarifs en rayon ?