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À Mayotte, une agronome structure une filière café locale

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À Mayotte, une agronome structure une filière café locale

Le pari de faire renaître la filière café à Mayotte - Crédit le journal de mayotte


Près de 100 tonnes de café sont importées chaque année à Mayotte, alors que la plante pousse depuis longtemps dans les jardins mahorais. C'est ce paradoxe que tente de résoudre Valérie Ferrier, ingénieure agronome originaire de La Réunion, installée à Mayotte depuis 2007 avec son conjoint Laurent.

Depuis son atelier de Combani, baptisé Le Banga au chocolat, elle collecte les cerises de café auprès d'une trentaine de producteurs locaux, les dépulpe, les sèche, les décortique, les trie, les torréfie et les conditionne. Toute la chaîne de transformation se fait sur place. En 2023, près de cinq tonnes de cerises ont été récoltées, pour environ une tonne de café. Le rendement est sévère : une tonne de cerises ne donne que 200 kilos de café prêt à la consommation.

Les cerises sont achetées deux euros le kilo aux producteurs. L'objectif est de porter ce prix à quatre euros. « Le café, c'est un complément de revenu pour les agriculteurs », dit Valérie Ferrier, qui cultive elle-même de la salade et d'autres produits maraîchers. Le modèle ne vise pas à transformer les exploitants en caféiculteurs à temps plein : ils plantent et récoltent, la structure se charge du reste.

Le café a un avantage agronomique à Mayotte : il demande peu d'eau et peu d'entretien. Les parcelles dépassent rarement un hectare et s'intègrent aux cultures existantes. L'absence de monoculture limite certaines maladies. Les producteurs cultivent principalement du robusta et de l'arabica. Le robusta, plus riche en caféine et plus amer, est généralement moins valorisé. « Nous, on essaie justement de le mettre en valeur », indique Valérie Ferrier.

Le cyclone Chido a brutalement interrompu cette dynamique. En 2024, aucune récolte n'a été possible. Les serres ont été détruites, une partie des installations endommagée. La reconstruction a coûté près de 400.000 euros, financés notamment par un nouveau prêt et des aides exceptionnelles du Département. « Psychologiquement, c'est difficile. Tous les jours, on voit encore ce qu'il reste à reconstruire. Mais c'est notre métier. On replante, on continue », confie la productrice.

Le chiffre d'affaires de la structure atteint aujourd'hui environ 50.000 euros, répartis entre le café et le chocolat. « Ce n'est pas encore véritablement rentable, confie Valérie, mais ça peut le devenir et c'est un système à voir dans sa globalité. » Le café est vendu en grains ou moulu, au marché de Coconi, dans certains magasins Carrefour, chez Baraka Frais à Kahani et au magasin des producteurs Kanya Ya Maore à Combani.

Valérie Ferrier tient aussi à la dimension patrimoniale du projet. Des scolaires viennent découvrir les caféiers, les cacaoyers et les étapes de transformation. « Beaucoup pensent que le café ne vient pas de Mayotte. Pourtant, il existe un véritable savoir-faire ici. C'est important que les jeunes le découvrent. » L'association Café Cacao Maoré, qu'elle a fondée en 2019, structure progressivement une filière qui, pour l'heure, reste fragile mais réelle.

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