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Observation des baleines à La Réunion : les règles ignorées en mer

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Observation des baleines à La Réunion : les règles ignorées en mer

Menaces, insultes et dérives... en mer, les coulisses très tendues de l’observation des baleines - Crédit Zinfos974 - Société


Sept bateaux autour d'une mère et son baleineau, alors que la réglementation en autorise trois au maximum. La scène, observée au large de Saint-Gilles le vendredi 7 août, dit beaucoup des frictions qui se répètent chaque saison sur les eaux réunionnaises, entre opérateurs touristiques, pêcheurs et scientifiques.

La réglementation en vigueur du 1er juillet au 30 septembre est pourtant précise : trois navires au maximum autour d'un même groupe de cétacés, vitesse limitée à quatre nœuds à moins de 300 mètres, observations autorisées de 9 heures à 16 heures, mises à l'eau de 9 heures à 13 heures avec sept personnes au plus et trente minutes dans l'eau. Le cadre existe. En mer, il est régulièrement ignoré.

Salim Sdiri, pêcheur qui sort en mer toutes les semaines, décrit ce qu'il a vu quelques heures avant notre échange : « Là encore tout à l'heure, en descendant, il y avait la baleine avec son baleineau, il y avait sept bateaux autour, donc la charte n'est même pas respectée. » Il évoque aussi des échanges virulents sur le canal 72 de la VHF : « Ça s'engueulait sur la VHF, sur le canal 72, comme pas possible, ça se menaçait, enfin vraiment n'importe quoi. » Son explication tient en un mot : « C'est très lucratif, donc ça fait beaucoup de rotations, ça sort très très vite pour aller sur le spot dessus, ça refuse d'attendre. »

La course commence parfois avant même l'heure légale. Une responsable d'opérateur touristique, qui a souhaité rester anonyme, dit avoir constaté l'arrivée de bateaux dès 8h30 autour d'une baleine et de son baleineau présents depuis plusieurs jours. Elle distingue ceux qui respectent les règles de ceux qui s'en affranchissent, et reconnaît que son entreprise choisit parfois de ne pas approcher un animal déjà trop sollicité : « Si on sait que, par exemple, il y a une baleine, il y a 5 personnes dessus, on n'ira pas. » Le raisonnement est aussi économique : « Plus les gens vont faire ça, et plus il va y avoir des réglementations strictes qui vont nous empêcher de travailler. »

L'équipe Quiétude, rattachée au Centre d'études et de découverte des tortues marines et active depuis 2017, observe et documente ces situations sans pouvoir dresser de procès-verbal. Sa cheffe de projet, Audrey Cartraud, confirme les infractions : « Déjà pas d'opérateurs avant 9 heures, mais on en voit assez fréquemment qui arrivent à 8h, et la règle des trois bateaux n'est pas respectée. » Elle pointe un problème de fond : « Le problème qu'il y a, c'est le nombre de bateaux qui est trop important, il y a trop de bateaux qui peuvent aller observer les cétacés. »

Cette saison aggrave les choses. Les baleines sont peu nombreuses, ce qui concentre la pression sur les rares individus présents. « Quand il y a peu de baleines, la pression se concentre sur le peu d'animaux qu'il y a, c'est problématique », dit Audrey Cartraud. Les dauphins subissent eux aussi cette pression accrue lorsque les baleines se font rares. Le grand dauphin de l'Indo-Pacifique, dont la population locale est estimée à 72 individus, préoccupe particulièrement les observateurs.

Derrière les tensions, une réalité économique pèse. Les saisons 2022, 2023 et 2024 ont été favorables, de nouvelles structures ont émergé, des bateaux ont été achetés. « Les structures, les pros ont investi sur le vivant et ça c'est un gros risque de leur part. Parce qu'investir sur le vivant, on a zéro garantie derrière sur les années futures », dit Audrey Cartraud. L'opératrice touristique interrogée évoque un chiffre d'affaires inférieur à 400 000 euros pour son entreprise, après une reprise récente.

Une piste revient dans les discussions entre professionnels et autorités : mieux contrôler le nombre de structures autorisées à pratiquer l'observation, via un système de licences. La mise à l'eau, qualifiée de « formidable outil de sensibilisation » par Audrey Cartraud, nécessiterait selon elle un « encadrement plus strict » face à son développement.

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