6 910 logements ont été autorisés à la construction à La Réunion entre juillet 2025 et juin 2026, soit une hausse de 18 % sur un an, selon la dernière note de conjoncture de la Direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL). Ce rebond ne dissimule pas une contradiction persistante : les mises en chantier, elles, ont reculé de 19 % sur la même période.
Après un point bas atteint fin 2024, les permis de construire retrouvent un niveau qu'ils n'avaient plus atteint depuis plusieurs années. La progression concerne aussi bien les logements collectifs, en hausse de 21,4 %, que les logements individuels, qui gagnent 13,6 %. Un an plus tôt, le nombre de logements autorisés s'établissait autour de 5 860. Le marché reste toutefois loin des niveaux dépassant 8 000 logements enregistrés au début de la décennie, et du pic de 2022.
Sur le terrain, la dynamique des autorisations ne s'est pas encore traduite en opérations concrètes. Seulement 5 020 logements ont été mis en chantier entre juillet 2025 et juin 2026. Le recul touche en particulier les logements collectifs, alors qu'à l'échelle nationale les ouvertures de chantier repartent à la hausse. Ce décalage entre permis accordés et chantiers effectivement ouverts dit quelque chose des difficultés du secteur à concrétiser rapidement les projets.
Ce rebond partiel intervient dans un contexte de tension structurelle sur le logement. Plus de 53 000 demandes de logements sociaux sont recensées à La Réunion. Selon des projections de l'Insee présentées lors du deuxième Forum du logement social organisé en juin par l'ARMOS-oi, les besoins pourraient atteindre 172 500 logements à l'horizon 2050, avec un déficit potentiel de près de 100 000 logements si le rythme de construction n'accélère pas.
Lors de ce forum, les professionnels du secteur ont alerté sur les risques liés à une éventuelle réduction de la Ligne budgétaire unique (LBU), principal outil de financement du logement social dans les Outre-mer. Présidente de l'ARMOS-oi, Valérie Lenormand déclarait : « Maintenir des financements à la hauteur des enjeux, c'est préserver la capacité de La Réunion à loger ses habitants et faire du logement un véritable atout social et économique pour notre île. »
La note de la DEAL signale par ailleurs une reprise franche du côté des locaux non résidentiels. Entre juillet 2025 et juin 2026, 491 000 m² ont été autorisés à la construction, soit une hausse de 52 % sur un an. Les surfaces mises en chantier progressent au même rythme, avec une dynamique particulièrement visible dans les commerces et les équipements publics, notamment dans les secteurs de la santé et de l'enseignement.


10 commentaires
Les permis montent, les chantiers descendent. Ça me rappelle la mer à Saint-Jo, des fois la houle annonce rien de bon même quand le ciel est bleu.
Une de mes clientes m'a dit la semaine dernière qu'elle attend son logement social depuis six ans, et elle a encore deux marmaille chez sa mère à trente ans passés. Les chiffres de l'article sont propres mais derrière y'a des visages.
Ce qui m'interpelle dans tout ça, c'est la reprise des locaux commerciaux et de santé pendant que le logement marque le pas. À Saint-Jo on manque de médecins mais aussi de bras pour travailler la terre, parce que les gens qui voudraient s'installer ici trouvent pas de toit. Des jeunes du coin qui voudraient se lancer dans l'apiculture ou le maraîchage, j'en connais, mais sans logement accessible sur place, ils repartent. Un territoire qui construit des commerces plus vite que des maisons, ça dit quelque chose sur ses priorités.
Ce décalage entre permis accordés et chantiers effectivement ouverts mérite qu'on s'y arrête sérieusement. Dans mes années d'enseignement, j'ai vu des générations d'élèves de Bras-Panon grandir dans des logements surpeuplés, et les projections de l'INSEE à 2050 ne font que confirmer ce que les familles vivent depuis longtemps. Ce qui m'interpelle, c'est que les 491 000 m² de locaux non résidentiels autorisés progressent au même rythme que leur mise en chantier, eux. Il doit donc y avoir des freins spécifiques au logement qu'on n'identifie pas assez clairement dans ces notes de conjoncture, et la question de la LBU que soulève l'ARMOS-oi est probablement au coeur du problème.
@Mamie Câline, t'as raison et tu pointes quelque chose que les gens du bureau oublient vite : construire dans les hauts c'est pas pareil que sur la côte. Mais derrière les délais et les routes, y'a aussi des entreprises qui n'ont plus les équipes, parce que les jeunes du BTP partent ou ne sont pas formés. On a saigné les centres de formation professionnelle pendant des années, et maintenant on s'étonne que les permis restent des permis. Les chantiers, ça demande des mains, pas juste des signatures.
Au début des années 2000 on construisait à un autre rythme, on avait faim de bâtir. Aujourd'hui les chiffres remontent sur le papier mais les grues ne suivent pas, c'est une image qui dit beaucoup sur ce que le péi est devenu.
172 500 logements d'ici 2050, c'est des chiffres qui donnent le vertige pour un cirque comme le nôtre où les familles vivent serrées depuis des générations. Lé pa fasil d'imaginer où on va mettre tout ce monde sans toucher aux terres agricoles qu'il reste.
53 000 demandes de logement social en attente et on construit 5 000 logements par an, ça fait froid dans le dos. Et pendant ce temps les saisonniers qui viennent travailler dans la restauration trouvent pas où se loger non plus, alors ils repartent. On perd du monde utile à cause de ça.
Ici à Cilaos on entend parler de logements qui manquent depuis des années, mais les chantiers dans les hauts c'est une autre histoire, entre les routes, les délais, le coût de tout faire monter... Ce n'est pas étonnant que les projets tardent à démarrer.
Ce qui me saute aux yeux c'est la reprise des locaux de santé dans les chiffres. Parce que sur le terrain, les cabinets médicaux manquent cruellement dans certaines zones, j'en vois les effets chaque jour sur mes tournées. Mais bon, entre les autorisations accordées et le chantier qui s'ouvre vraiment, y'a visiblement un gouffre. J'espère que ces équipements de santé annoncés ne resteront pas bloqués comme les logements.