Ludovic Alamélou a quitté la caserne de la Redoute après une trentaine d'heures en garde à vue. L'ancien PDG de la SPL Estival, service de transport de voyageurs de la communauté de communes de l'Est, avait été entendu par les gendarmes de la SR de Saint-Denis dans le cadre d'une enquête pour escroquerie, abus de biens sociaux, abus de confiance et favoritisme.
Sa libération ne clôt pas le dossier. Le parquet de Saint-Denis, qui pilote l'enquête, n'a pas encore arrêté les charges retenues. Un renvoi devant le tribunal n'est pas attendu avant plusieurs mois.
Alamélou avait dirigé la SPL Estival de 2020 à 2023. Élu à la mairie de Bras Panon, cet ancien bagagiste de l'aéroport avait été propulsé à la tête de la structure. C'est la Chambre régionale des comptes (CRC) qui a mis au jour l'étendue des dérives financières : un déficit de 204 000 euros dès 2021, une perte de 1,7 million d'euros en 2023, et des comptes arrêtés, au moment du placement en redressement judiciaire, à 3,2 millions d'euros.
Les magistrats de la CRC ont relevé des embauches massives, une politique salariale jugée excessive, des marchés attribués de façon discrétionnaire — notamment dans la communication et le gardiennage. À cela s'ajoutent des frais de bouche à caractère festif, des dépenses importantes pour étoffer le parc automobile et un montage coûteux pour la location d'un terrain et de locaux. La SPL Estival est un satellite de la Cirest, pilotée par le maire de Saint-Benoît, Patrice Selly, dont la source rappelle qu'il avait envisagé de mettre un terme à sa carrière politique au moment de la révélation des faits.
Le redressement judiciaire a conduit une trentaine d'employés de la SPL Estival à France Travail. La question de la responsabilité reste entière : Ludovic Alamélou, qui travaille désormais comme agent pénitentiaire en métropole, sera-t-il le seul mis en cause, ou d'autres acteurs du système seront-ils visés par la suite judiciaire ?


2 commentaires
Ce qui me touche dans cette histoire, c'est la trentaine de salariés qui se retrouvent à France Travail. Eux n'ont rien décidé, ils faisaient leur boulot. Embauches massives, politique salariale excessive selon la CRC, ça veut dire que des gens ont signé des contrats, ont cru en un projet, et se retrouvent aujourd'hui sans employeur. La question de qui rend des comptes pour ça, lé pa rien.
3,2 millions d'euros de dettes pour une structure publique de transport, c'est pas un chiffre anodin. Ce qui me frappe, c'est que la CRC a tout mis en lumière, mais combien de temps ça a duré avant que quelqu'un tire la sonnette d'alarme ? Dans n'importe quelle boîte privée, tu perds 204 000 euros la première année et t'es déjà en train de revoir tout ton modèle.