Les Jeunes Agriculteurs Réunion ont publié un communiqué au ton ferme pour dénoncer les arrêts répétés de réception des cannes à sucre chez Tereos depuis le début de la campagne sucrière 2026. Le syndicat refuse que les planteurs supportent les conséquences de ce qu'il considère comme des dysfonctionnements propres à l'outil industriel.
Sur le terrain, les effets sont bien réels : récoltes désorganisées, matériel immobilisé, équipes bloquées, prestations à reprogrammer, coûts supplémentaires. Pour les Jeunes Agriculteurs, les exploitations agricoles ne peuvent pas devenir « la variable d'ajustement » des difficultés de l'usinier.
Le syndicat conteste également l'argument avancé autour de la qualité de la canne. Il s'appuie sur les données du CTICS pour faire valoir que la pureté enregistrée à Bois-Rouge depuis le début de la campagne 2026 dépasse celle de 2025 et reste à un niveau favorable par rapport à la moyenne des dix dernières années. Le problème ne viendrait donc pas des champs.
Les Jeunes Agriculteurs distinguent la situation actuelle d'un aléa climatique, qui appellerait un effort partagé par toute la filière. Les interruptions de réception relèvent, selon eux, du seul fonctionnement industriel et doivent être assumées par Tereos. Le syndicat juge qu'une entreprise de cette taille doit être en mesure d'anticiper des solutions de continuité et de mobiliser les moyens techniques, humains et organisationnels pour limiter ces arrêts.
Le message adressé à l'usinier tient en trois mots : « Réceptionnez nos cannes. » Le syndicat dit ne réclamer aucun traitement de faveur, mais que chaque acteur de la filière assume sa part de responsabilité dans le déroulement de la campagne.


11 commentaires
Quand on gère une équipe, on sait ce que ça coûte d'annuler une journée de travail à la dernière minute. Ces planteurs vivent exactement ça, sauf que c'est pas un client qui décommande, c'est l'unique acheteur de leur récolte. C'est inacceptable de laisser des familles comme ça sans visibilité.
Quand j'emmène des randonneurs dans Mafate ou Cilaos, on traverse souvent des parcelles de canne avant d'attaquer les sentiers. Je leur explique toujours que c'est pas un décor, que derrière chaque champ y'a une famille qui calcule ses journées au millimètre. Voir du matériel immobilisé en bord de route, des chauffeurs qui attendent sans savoir, ça raconte quelque chose sur l'état de la filière que les guides touristiques n'écrivent jamais. La canne fait partie du paysage réunionnais autant que le vacoa ou le filaos, et si la campagne se passe mal, c'est toute une économie humaine qui vacille derrière.
@Lastron-Leïla, votre remarque sur la lettre morte est lucide, et je la partage en partie. Cela dit, un communiqué syndical bien documenté, avec des données chiffrées comme le CTICS en appui, c'est pas sans effet : ça crée un tracé, une base écrite qui peut ensuite alimenter des échanges avec la DAAF, la Région, voire les services de l'État. Le silence de Tereos en réponse publique ne signifie pas nécessairement l'absence de discussions en coulisses, même si je comprends que ce type de discrétion institutionnelle puisse être vécu comme du mépris par ceux qui attendent sur le terrain.
Ce qui me touche dans cet article c'est l'image : des équipes entières immobilisées, du matériel qui attend au bord des champs, et la canne qui mûrit pendant ce temps. On parle d'une plante qui a ses propres cycles, on peut pas appuyer sur pause comme sur une machine. La canne à sucre c'est l'une des images-force de ce péi, et voir les planteurs traités comme une variable d'ajustement, ça fait mal quelque chose.
@Lastron-Leïla, t'as malheureusement raison sur le rapport de force. Dans ma tournée je croise des familles de planteurs, et ce qui me frappe c'est que personne n'ose trop monter au créneau par peur des représailles indirectes sur la campagne suivante. Tereos sait très bien que les alternatives sont quasi nulles dans ce péi-la. Alors le communiqué des JA, c'est bien, mais j'espère qu'il y a une vraie mobilisation derrière et pas juste un coup de com.
Moi j'achète mes légumes à des petits planteurs de Ravine des Cabris et je vois comment ils galèrent. La canne c'est pareil, t'as tout organisé, tes équipes, ton matériel, et là on te dit stop, attends. C'est pas un food truck qu'on peut juste éteindre et rallumer comme ça, c'est des familles entières qui tournent autour.
Le communiqué des JA tape fort et le message est clair. Mais je me demande si Tereos va vraiment répondre publiquement ou si ça va rester lettre morte comme souvent dans ce péi-la quand les rapports de force sont trop déséquilibrés.
Franchement une boîte de la taille de Tereos qui peut pas anticiper des arrêts sur sa propre chaîne de production en 2026, ça laisse perplexe. Y'a pas un ERP, pas un système de monitoring industriel qui aurait pu alerter en amont ?
Ce que je lis ici, c'est une filière qui fait peser une incertitude permanente sur des gens qui ont déjà des journées physiquement éprouvantes. Des récoltes désorganisées, du matériel qui attend, des équipes bloquées sans visibilité : c'est exactement le type de contexte qui génère du stress chronique chez les exploitants. J'en vois les effets en cabinet, sans jamais pouvoir dire à mes patients quand ça va s'arrêter tant que la source du problème n'est pas traitée.
Question sincère : est-ce qu'il existe un mécanisme contractuel qui oblige Tereos à indemniser les planteurs quand il y a un arrêt de réception de son fait ? Je ne connais pas bien les relations entre l'usinier et les producteurs, et j'aimerais comprendre sur quel levier juridique les Jeunes Agriculteurs peuvent vraiment s'appuyer.
Ici dans les hauts on connaît bien ce genre de situation où c'est toujours le planteur qui absorbe les coups. Les familles qui cultivent la canne dans les cirques n'ont pas les reins assez solides pour reprogrammer leurs équipes et immobiliser le matériel sans rien recevoir en retour. Ce que disent les Jeunes Agriculteurs lé bon, i fo que chacun assume sa part.