Le Syndicat des compagnies aériennes autonomes (Scara), dont fait partie Air Austral, a publié lundi un communiqué contestant le futur Contrat de régulation économique (CRE) conclu entre l'État et Aéroports de Paris (ADP). Air Caraïbes, Air Antilles et Air Saint-Pierre sont également concernées. Ce contrat, qui fixera l'évolution des redevances aéroportuaires de 2027 à 2034, est actuellement soumis à consultation avant son adoption définitive.
Il prévoit un programme d'investissements de 8,2 milliards d'euros pour moderniser les plateformes parisiennes et absorber la croissance du trafic. C'est la répartition de cette enveloppe qui pose problème. Selon le Scara, près de 40 % de ces investissements iraient au développement du hub de correspondances de Paris-Charles-de-Gaulle, alors que les passagers en correspondance ne représentent que 29,5 % du trafic total d'ADP.
Les compagnies desservant les Outre-mer estiment donc financer une stratégie dont le principal bénéficiaire serait Air France, opérateur dominant à Roissy. Air Austral, qui opère des liaisons point-à-point vers La Réunion, se retrouve ainsi mise à contribution pour des infrastructures dont elle tirera peu de profit.
Sur le plan tarifaire, le Scara a conduit sa propre analyse des futures grilles de redevances. Selon ses calculs, hors inflation, les redevances passagers augmenteraient de 34 % sur les lignes domestiques, de 21 % sur les liaisons européennes et ultramarines, et de 16 % sur les dessertes internationales, sur l'ensemble de la période. Ces chiffres ne figurent pas explicitement dans le CRE, mais le syndicat craint qu'une partie de ces hausses se répercute sur le prix des billets.
Le contexte renforce les inquiétudes. Le Scara rappelle que cette évolution des redevances interviendrait après la hausse de la taxe de solidarité sur les billets d'avion (TSBA) et avant l'entrée en service du CDG Express, lui-même financé par une contribution spécifique prélevée sur les passagers de Roissy.
Le syndicat demande à l'État de revoir le projet afin de limiter les hausses tarifaires au niveau de l'inflation pour les dessertes européennes, domestiques et ultramarines. Le texte doit encore être transmis à l'Autorité de régulation des transports pour avis avant d'être adopté, ce qui laisse aux compagnies une fenêtre pour obtenir des modifications.


10 commentaires
@Polo, c'est exactement ce lien-là que personne ne fait assez en comm' : une décision à Paris sur des redevances d'aéroport et c'est toute l'économie du péi qui frémit. Quelqu'un devrait faire un vrai thread là-dessus pour expliquer la chaîne de dominos aux gens qui pensent que c'est un sujet de niche.
C'est le même principe qu'avec les coopératives : les petits producteurs financent des infrastructures calibrées pour les gros volumes, et en bout de course c'est nous qui absorbons la hausse. La canne on connaît ça, on cotise pareil que tout le monde et ce sont toujours les grandes exploitations qui tirent le meilleur de la mise. Si les billets augmentent, c'est aussi le coût du fret qui suit, et nous on importe des intrants, on exporte de la production, on est en bout de chaîne de chaque côté.
@Zilo, t'as mis le doigt dessus. C'est le même scénario depuis toujours : les petits paient pour les grands. Au Port on connaît ça par coeur, les dockers ont vécu des décennies à entendre que les restructurations c'était pour le bien commun, et au final c'est toujours les mêmes qui ramassent la mise. Là c'est pareil : Air Austral cotise pour le hub d'Air France, et le travailleur réunionnais il paie le billet plus cher en prime. I fo que les syndicats appuient fort sur ce dossier avant que le texte soit adopté, parce qu'une fois que c'est signé, c'est trop tard.
@Patrick974, tu soulèves un point réel, mais je me demande si le Scara ne présente pas les chiffres sous l'angle qui les arrange le mieux. 34 % sur les lignes domestiques hors inflation sur 7 ans, c'est quoi en annualisé ? Environ 4 % par an. C'est pas anodin, mais c'est pas non plus la catastrophe que le communiqué laisse entendre. Je cherche le document source pour voir la méthodologie de leur calcul, parce qu'un syndicat qui défend ses membres ça reste un syndicat qui défend ses membres.
@Naïma94, t'as raison et c'est même pire que ça : une hausse de 21 % sur les lignes ultramarines c'est pas juste un chiffre, c'est concrètement des gens qui vont couper sur les allers-retours famille. Et le pire c'est qu'on finance un hub dont Air France est le seul vrai winner, y'a un truc fondamentalement cassé dans le modèle.
Moi je vois les choses simplement : quand les billets augmentent, les touristes viennent moins, les restaurants commandent moins de viande, et c'est ma cave qui souffre en bout de chaîne. Les gens croient que ces décisions restent dans les aéroports, mais ça ruisselle jusqu'au petit artisan de Bras-Panon.
@Naïma94, c'est exactement ce que je me dis aussi. Mes clients, y'a pas mal de touristes qui viennent de métropole ou des familles qui font l'aller-retour, et quand les billets flambent, les gens serrent la ceinture partout, même sur la petite assiette de carry au bord de l'eau. Moi je vis direct de cette animation-là à Saint-Pierre, si le front de mer se vide parce que personne peut plus se payer le voyage, c'est tout le secteur qui morfle. Et le pire c'est qu'on paie des redevances pour financer le hub de Paris, kosa ça nous rapporte à nou ça vraiment ?
Ce que le Scara pointe est structurellement intéressant : une mutualisation des coûts d'infrastructure qui favorise le hub de correspondances d'Air France au détriment des compagnies point-à-point. La question à se poser, c'est si l'Autorité de régulation des transports a vraiment les moyens d'imposer des corrections, ou si l'avis qu'elle va rendre restera consultatif dans les faits. L'histoire des CRE précédents n'est pas très encourageante sur ce point.
Si les billets augmentent ankor, c'est la saison touristique qui trinque direct.
Chaque fois que je dois rentrer voir ma famille en métropole, je regarde les prix des billets et je souffle un grand coup. Si en plus les redevances augmentent de 21 % sur les lignes ultramarines, ça va devenir vraiment compliqué pour beaucoup de familles réunionnaises qui ont des proches de l'autre côté. On parle de liaisons point-à-point, pas de correspondances pour aller à Tokyo, juste des gens qui veulent rentrer chez eux.