Le directeur général de Tereos, Philippe Labro, a présenté ses excuses le samedi 4 juillet après la polémique déclenchée par ses propos sur une supposée « consanguinité capitalistique » dans la filière canne-sucre à La Réunion.
Dans une déclaration écrite publiée le lendemain d'une interview accordée le vendredi 3 juillet, le dirigeant se dit « sincèrement désolé » que cette expression « ait pu heurter certains lecteurs ». « Ce n'était évidemment pas mon intention », écrit-il.
Philippe Labro précise que ses propos visaient à rappeler « l'importance de l'équilibre entre les différents membres de l'interprofession », qu'il présente comme l'un des fondements des avancées de la filière canne-sucre. À ses yeux, des participations croisées au capital entre les différents acteurs menaceraient leur indépendance et pourraient « affaiblir l'interprofession », fragilisant l'ensemble du secteur.
Ces clarifications interviennent après de nombreuses réactions indignées dans le monde agricole et politique réunionnais. Le député La France insoumise Perceval Gaillard avait notamment dénoncé des propos « insultants » envers les planteurs et, plus largement, envers La Réunion.
La question de l'avenir des usines sucrières et d'une éventuelle reprise par des investisseurs locaux reste au cœur des débats. Plusieurs organisations de planteurs plaident depuis des mois pour une implication accrue des producteurs dans la gouvernance de la filière.


6 commentaires
@Patrick974, tu soulèves quelque chose d'intéressant. J'ai travaillé deux ans dans l'agroalimentaire en Bretagne avant de venir ici, et les questions de participations croisées dans des filières comme le lait ou les légumes bretons, c'est effectivement un sujet permanent. La différence, c'est qu'en Bretagne les coopératives ont une histoire d'indépendance construite sur plusieurs décennies, avec des agriculteurs qui détiennent réellement les outils de transformation. Ce que j'observe à La Réunion, c'est que cette demande d'implication des planteurs dans la gouvernance ressemble beaucoup à ce mouvement-là, mais dans un contexte insulaire où les rapports de force sont encore plus concentrés. Que le DG de Tereos réduise ça à un risque de « consanguinité », franchement, ça dit quelque chose sur la façon dont Paris regarde encore les territoires ultramarins.
Ce qui me frappe, c'est que pendant qu'on débat de gouvernance et de participations croisées, les conditions des travailleurs de la filière, eux, n'ont pas été mentionnés une seule fois dans cette polémique. Dans une PME industrielle, quand un dirigeant sort ce genre d'expression et s'excuse le lendemain avec un communiqué bien cadré, les équipes RH savent que ça cache souvent une vision bien précise des rapports de force. Les mots choisis par un DG ne sont jamais vraiment anodins, même quand il dit que c'était maladroit.
Je me demande si ce genre de polémique est fréquent dans le secteur agricole ici, parce que venant de métropole je ne réalise pas forcément à quel point la filière canne-sucre est sensible à La Réunion. Nos hôtes nous ont expliqué que beaucoup de familles de planteurs vivent de ça depuis des générations, donc je comprends que ces mots aient choqué. Est-ce que quelqu'un pourrait expliquer concrètement ce que signifierait une reprise par des investisseurs locaux pour les petits planteurs au quotidien ?
Ce qui m'intéresse au fond, c'est moins l'expression maladroite que la question qu'elle cachait. Les participations croisées dans une filière, ça peut effectivement créer des conflits d'intérêts, c'est un vrai sujet de gouvernance. Mais quand un dirigeant venu de l'extérieur pose ce débat sans ménager les interlocuteurs locaux, il perd toute crédibilité pour le porter. La forme a tué le fond, et c'est dommage parce que la question de l'avenir des usines mérite une vraie discussion sans passions inutiles.
Des excuses écrites le lendemain, ça ne suffit pas vraiment.
Quand j'emmène des randonneurs voir les champs de canne dans les hauts de Cilaos ou de Salazie, ils me demandent toujours qui est derrière tout ça, qui fait vivre ces paysages. C'est des familles de planteurs depuis des générations. Comparer ça à une "consanguinité" dit beaucoup sur comment certains dirigeants voient notre péi-la, de très loin.