L'Observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR) a présenté vendredi 3 juillet les conclusions de sa réunion plénière du 2 juillet, consacrée aux filières agricoles réunionnaises. Le rapport dresse un état des lieux de la production locale, identifie ses freins structurels et émet des critiques sur la transparence de certains mécanismes de régulation.
La production locale couvre 69 % des besoins en fruits et légumes, avec 95 000 tonnes produites chaque année — 54 000 tonnes de légumes et 41 000 tonnes de fruits. Le taux de couverture atteint 74 % pour les légumes, 64 % pour les fruits. Ces volumes n'empêchent pas l'importation annuelle de près de 19 000 tonnes de légumes frais et de 37 000 tonnes de viandes, essentiellement surgelées. Les auteurs du rapport estiment que « la filière dispose tout de même d'un potentiel important ».
L'étude distingue deux modèles agricoles aux structures très différentes. Les filières animales sont organisées autour d'interprofessions reconnues et produisent 36 283 tonnes de viande par an, dont 23 128 tonnes de volailles et 11 437 tonnes de porc. La filière fruits et légumes reste, elle, plus morcelée. Pour les auteurs, « l'enjeu principal ne réside pas tant dans la concurrence avec les importations que dans la capacité à produire localement dans des conditions économiques viables et durables ».
Les auditions font ressortir plusieurs freins récurrents : aléas climatiques, pression foncière, manque de main-d'œuvre, coût des intrants, insuffisance des infrastructures de stockage et de transformation. Sur ce dernier point, « un consensus fort se dégage », selon le rapport, qui y voit un obstacle direct à la régulation des volumes et à la stabilisation des revenus des producteurs.
Le rapport consacre plusieurs pages au fonctionnement de l'Urcoopa et à ses mécanismes de régulation du marché de l'alimentation animale. Le fonds de régulation, censé amortir les fluctuations des cours internationaux et garantir un prix unique des aliments, est jugé utile, mais sa gouvernance est mise en cause. Les auteurs estiment que « ce dispositif pose cependant un problème réglementaire » et notent que sa gouvernance, jugée insuffisamment ouverte, conduit certains acteurs de la filière à s'interroger sur son opacité et son équité. Le fonds de modulation, mobilisé lors des flambées de prix de 2008 puis de 2022, est lui aussi épinglé : le rapport relève qu'« il n'existe pas de véritable bilan connu » permettant d'en mesurer les effets.
Sur la question des aides publiques, le déséquilibre est net. Sur 226 millions d'euros d'aides agricoles spécifiques recensées, 152 millions vont à la filière canne à sucre, contre 52 millions pour les productions animales et 22 millions pour les autres filières végétales. Un écart d'autant plus frappant que la production de fruits et légumes est valorisée à 156 millions d'euros, contre 123 millions pour la canne.
Le rapport appelle à « une gouvernance moins opaque, élargie à d'autres acteurs de la filière et même externes », jugeant que certaines situations de monopole ou d'oligopole « apparaissent à la fois incontournables (...) et problématiques par rapport aux prix imposés sans transparence ». Les pistes avancées portent sur le renforcement de la structuration de la filière fruits et légumes, le développement des capacités de stockage, le soutien à l'installation de jeunes agriculteurs et le développement de la transformation agroalimentaire locale.


4 commentaires
Ici à Cilaos, on voit les agriculteurs travailler dur toute l'année, et puis on entend que les mécanismes de soutien manquent de clarté, ça fait un peu de peine. Les gens du cirque sont courageux mais ils sont loin de tout, des entrepôts, des routes qui tiennent, des aides qui arrivent vite. J'espère que ce rapport va être lu par les bonnes personnes et pas rester dans un tiroir, comme ça arrive parfois avec les études.
Bonne chose que l'OPMR mette ça sur la table. Les jeunes qui veulent s'installer en agriculture ont besoin de visibilité sur les prix et les aides, pas de zones d'ombre.
Le chiffre qui interpelle vraiment dans ce rapport, c'est le déséquilibre des aides : 152 millions pour la canne, 22 millions pour toutes les autres filières végétales réunies, alors que les fruits et légumes génèrent une valeur de production supérieure à la canne. Comment justifier une telle allocation sur le long terme, si l'objectif affiché est de renforcer la souveraineté alimentaire locale ? La question de la transparence sur les fonds de régulation de l'Urcoopa est légitime, mais je pense que le vrai sujet de fond, c'est la cohérence globale de la politique agricole réunionnaise et les arbitrages politiques qui ont figé ces équilibres depuis des décennies.
Ce rapport dit des choses que les producteurs des hauts savent depuis longtemps. Nous à Salazie, entre les cyclones, les coulées de boue et les routes coupées, stocker nos récoltes c'est déjà un défi en soi avant même de parler de les vendre. L'enjeu du stockage, ils ont raison de le pointer, mais ça fait des années qu'on en parle et les entrepôts frigorifiques dans les cirques, on attend toujours. Ce qui me pèse surtout, c'est que quand la saison est bonne et qu'on produit bien, les prix s'effondrent faute de pouvoir réguler les volumes, et i fo jeter. C'est décourageant pour les familles qui vivent de ça depuis des générations.