Espace membre :

Suivez-nous

L'OPMR pointe les failles de gouvernance des filières agroalimentaires réunionnaises

Partager sur :
L'OPMR pointe les failles de gouvernance des filières agroalimentaires réunionnaises

"On n'est pas là pour dégommer des acteurs" : l'OPMR veut ouvrir le débat sur le modèle agricole réunionnais - Crédit Zinfos974 - Société


Présentée le vendredi 3 juillet, une étude sur les filières agroalimentaires réunionnaises commandée par l'Observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR) au cabinet NOVIKOT dresse un tableau contrasté : des résultats solides sur la production locale, mais des failles dans la gouvernance de certaines filières. L'objectif affiché : alimenter le débat, pas désigner des coupables.

« On n'est pas là pour dégommer des acteurs, mais pour poser les termes du débat et essayer de faire mieux. » Jocelyn Cavillot, vice-président de l'OPMR, a tenu à cadrer d'emblée la portée du document lors de sa présentation. Le rapport salue des résultats obtenus dans des conditions contraignantes : les filières animales couvrent quasiment 100 % des besoins en viande fraîche, 95 % pour le porc et près de 50 % pour le bœuf. Côté végétal, quelque 95 000 tonnes de fruits et légumes sont produites chaque année, assurant environ 70 % des besoins en produits frais. « C'est une prouesse rendue possible grâce à des acteurs mobilisés et à près de 200 millions d'euros d'argent public », relève Cavillot.

L'écart entre filières animales et végétales reste toutefois prononcé. Les premières disposent de structures interprofessionnelles capables de mobiliser efficacement les aides européennes. Les secondes sont bien plus fragmentées : près des deux tiers des producteurs de fruits et légumes travaillent de façon indépendante. « Cette absence de structuration limite l'accès aux financements européens et freine le développement de la filière », selon le vice-président de l'OPMR. Sur des produits comme l'ail, l'oignon ou la carotte, les importations restent particulièrement importantes et finissent par étouffer la production locale.

L'étude consacre plusieurs développements à l'Urcoopa, décrite comme « le cœur du réacteur de la production locale ». L'OPMR ne remet pas en cause cette position dominante, mais réclame davantage de transparence. « Le monopole ou la position dominante ne sont pas un problème en soi. Ce que nous disons, c'est qu'une telle situation mérite des mécanismes de régulation et une transparence plus importante pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'abus », explique Cavillot. Les mécanismes de fixation et de modulation des prix sont particulièrement visés : « Ce manque de transparence peut ouvrir la porte aux contestations et fragiliser l'ensemble de la filière. »

Sur le fonds de régulation des prix, l'OPMR prend ses distances avec l'une des analyses formulées par le cabinet NOVIKOT. L'observatoire ne réclame pas sa suppression. « Il a sans doute permis d'amortir les crises internationales et de maintenir un prix identique des aliments sur l'ensemble du territoire. En revanche, son fonctionnement mérite d'être regardé au regard de la réglementation », précise le vice-président.

La réunion plénière a suscité des réactions vives. Le président de l'OPMR, Bertrand Huby, a indiqué que toutes les observations formulées par les acteurs auditionnés seraient annexées au document final. « Les échanges ont parfois été musclés, mais toutes les contributions seront intégrées au rapport. Elles seront reproduites sans être discutées afin de respecter le principe du contradictoire. L'OPMR joue la transparence », a-t-il assuré.

Pour Jocelyn Cavillot, la question de fond dépasse la seule organisation des filières. « Tout le monde parle aujourd'hui de souveraineté alimentaire. Maintenant, il faut se demander comment on y parvient. » Le rapport recommande un meilleur suivi de l'impact des aides publiques sur les prix et une gouvernance plus ouverte des instances de régulation, avec une représentation élargie.

Source

5 commentaires

Écrivez votre commentaire...
J
Jean-Claude B. 03/07/2026 à 15:24

J'ai eu un gars dans la voiture la semaine dernière, il travaille dans une coopérative agricole. Il m'a dit que le vrai problème c'est que tout le monde veut bien de la transparence mais personne ne veut ouvrir ses livres de compte en premier. Y'a une logique là-dedans, même si ça arrange pas grand monde.

L
Lulu 03/07/2026 à 15:19

Moi je vois ça tous les jours sur le marché de Saint-Pierre. L'ail qu'on me vend vient souvent de loin alors que les domoun du coin en cultivent. C'est quand même bizarre que 200 millions d'aides plus tard on importe encore autant pour des légumes basiques comme ça. Mes clients me demandent tout le temps si mes produits sont du péi, et franchement des fois je suis obligée de baisser les yeux.

M
Marie 03/07/2026 à 15:12

Bien que ça soit dit clairement une fois pour toutes. La gouvernance c'est pas un gros mot, ça protège tout le monde, les producteurs comme les consommateurs !

M
Maéva 03/07/2026 à 15:10

Ce qui me frappe c'est le chiffre des deux tiers de producteurs de fruits et légumes qui travaillent en indépendant. Dans n'importe quel secteur, cette fragmentation-là c'est la mort assurée pour accéder aux financements européens. On voit exactement le même problème dans la cosmétique locale, les petits producteurs de plantes qui ne se regroupent pas ratent toutes les aides. La structuration c'est pas optionnel, c'est la base.

B
Bichik 03/07/2026 à 15:03

200 millions d'euros d'argent public et on n'est pas encore capables de produire nos propres oignons. Ça fait réfléchir.