Le taux de chômage a atteint 18 % de la population active à La Réunion au premier trimestre 2026, selon la note de conjoncture de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). C'est deux points de plus qu'un an plus tôt, alors que l'emploi salarié est resté stable sur la même période.
Fin mars, l'île comptait 294 700 salariés, un chiffre quasi identique à celui du dernier trimestre 2025. Sur un an, l'emploi progresse de 0,4 %, quand il recule de 0,2 % au niveau national. Le taux de chômage, en hausse donc, reste néanmoins loin du pic de 24 % enregistré fin 2018.
Les évolutions sectorielles sont contrastées. L'intérim gagne 2 %, le commerce 0,4 % et les services non marchands 0,6 %. La construction perd 0,4 % de ses effectifs sur le trimestre, et les services aux entreprises reculent de 1,4 %. Dans le bâtiment, un indicateur tempère ce repli : 6 600 permis de construire ont été délivrés entre avril 2025 et mars 2026, en hausse de 14 % sur un an.
Sur l'inflation, La Réunion se distingue nettement de la métropole. Les prix à la consommation sont restés stables entre mars 2025 et mars 2026, contre une progression de 1,7 % dans l'Hexagone. L'Insee attribue cet écart en partie aux prix administrés des carburants, qui ont limité la répercussion de la hausse des cours du pétrole observée au premier trimestre.
Du côté des entreprises, 4 190 créations ont été enregistrées entre janvier et mars, en baisse de 11 % par rapport au trimestre précédent. L'Insee invite à nuancer ce recul : la fin 2025 avait concentré un volume inhabituel de créations de sociétés en nom collectif, liées au dispositif de défiscalisation Girardin industriel. Les défaillances continuent quant à elles de progresser : 1 150 entreprises ont été placées en défaillance sur les douze mois allant d'avril 2025 à mars 2026, une cinquantaine de plus que lors des douze mois précédents.


10 commentaires
@TataYoyo, tu as raison sur le fond, mais pour compléter : 1 150 défaillances sur douze mois, c'est environ 96 par mois en moyenne. Ce qui est préoccupant, ce n'est pas seulement le volume, c'est la progression régulière. Dans ma pratique, je vois des TPE qui tiennent encore grâce à des délais de paiement accordés par les fournisseurs ou à des reports de cotisations, mais ça ne repousse le problème que de quelques mois. Quand la trésorerie est à zéro et que le carnet de commandes ne se remplit pas, le dépôt de bilan devient une question de semaines.
@Hugo Saline les bains, tu soulèves un point qui mérite qu'on s'y arrête. Ce qu'on observe ici, c'est un chômage de structure, pas un chômage de surchauffe. La stabilité des prix n'est pas un signe de bonne santé, c'est souvent le symptôme d'une demande intérieure atone. Quand les ménages n'ont pas de pouvoir d'achat supplémentaire à dépenser, les commerçants ne peuvent pas relever leurs prix, et les entreprises n'ont pas de raison d'embaucher. On tourne en rond.
Cette semaine j'ai eu dans ma voiture un gars qui m'a dit qu'il avait perdu son poste dans une boîte de services, licencié en janvier, et qu'il avait déposé trente-deux CV depuis. Trente-deux. Et rien. Un autre client, commerçant à Lo Tampon, il m'a dit que ses ventes avaient chuté depuis le début de l'année parce que les gens regardent à deux fois avant de dépenser. Moi je vous dis, dans un taxi on entend la vraie vie, et la vraie vie elle ressemble pas trop aux chiffres qu'on lit dans les communiqués.
@Zilo, les services aux entreprises qui reculent, on le sent aussi côté fret. Moins de commandes groupées, des délais qui s'allongent parce que les boîtes commandent au compte-gouttes. Maurice et Madagascar tirent leur épingle du jeu pendant ce temps, leurs ports gagnent du trafic qu'on perd.
Ce qui m'interpelle c'est le paradoxe entre une inflation quasi nulle ici et un chômage qui monte. En Bretagne ou en Pays de la Loire, t'as souvent l'inverse, une tension sur l'emploi qui tire les prix vers le haut. Là c'est comme si les deux indicateurs s'étaient déconnectés. Je me demande si ça tient vraiment aux carburants administrés comme dit l'Insee, ou si y'a quelque chose de plus structurel dans la façon dont l'économie réunionnaise absorbe les chocs.
@Zilo, tu mets le doigt sur quelque chose d'important. Il y a un livre de Jeremy Rifkin, "La Fin du travail", qui date des années 90 mais qui résonne étrangement avec ce qu'on vit ici. Il anticipait exactement cette situation où l'emploi salarié stagne pendant que le chômage monte, parce que la croissance ne crée plus autant de postes qu'avant. Ce qui me frappe dans ces chiffres, c'est ce décalage entre les permis de construire en hausse et les ouvriers du bâtiment qui perdent leur emploi. L'activité future se prépare, mais le présent, lui, broie des gens.
1 150 entreprises en défaillance, ça représente des familles derrière, des gens qui ont tout risqué. On dirait que tout le monde s'agite à parler de chiffres mais personne ne parle vraiment de ce que ça coûte humainement.
La construction qui perd des effectifs, je le ressens indirect dans mon métier : quand les ouvriers du bâtiment ont moins de boulot, ils serrent la ceinture et ils réduisent sur la viande de qualité. Mes ventes de pièces nobles ont bien reculé depuis le début d'année. Les 6 600 permis c'est bien sur le papier, mais entre le permis et le chantier ouvert y'a souvent des mois, et entre temps moi je tiens la caisse.
Cette semaine j'ai eu trois clientes qui m'ont dit que leur mari ou leur fils cherche du travail depuis des mois. Ça se voit vraiment sur le terrain, les domoun ont l'air fatigués ces temps-ci.
18 % c'est chaud, et ce qui me frappe c'est que les services aux entreprises reculent de 1,4 %. C'est exactement le secteur où y'a le plus de boîtes tech et de freelances IT ici. On parle de startup, d'innovation, mais derrière les chiffres c'est compliqué de se lancer quand le marché se contracte comme ça.