Une phrase publiée sur le site de Corsair a provoqué une vague de réactions à La Réunion. Dans un guide de voyage à destination des passagers souhaitant rejoindre Paris depuis l'île, la compagnie aérienne conseille de faire attention au « coût de la vie en métropole, bien supérieur à celui de l'île ». La formulation a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, entre sarcasmes et incrédulité.
Les données disponibles racontent pourtant une tout autre histoire. D'après la dernière grande étude de l'Insee sur les écarts de prix entre La Réunion et l'Hexagone, les prix sont en moyenne 8,9 % plus élevés sur l'île qu'en métropole. Sur les produits alimentaires et les boissons non alcoolisées, l'écart grimpe à 37 %. Des chiffres qui alimentent depuis des années les débats locaux sur la vie chère, le Bouclier Qualité Prix ou les marges de la grande distribution.
La compagnie semble avoir confondu deux réalités bien distinctes. Passer quelques jours à Paris peut effectivement peser sur le budget d'un vacancier : hôtels, restaurants et sorties y affichent des tarifs souvent élevés. Mais le « coût de la vie » renvoie à autre chose — les dépenses du quotidien, courses, logement, transports, énergie. Sur ce terrain, les données publiques sont défavorables à La Réunion, pas à la métropole.
Sur Facebook, la capture d'écran a été largement partagée. « Un coup à se voir mis à l'index... », ironise-t-on. En quelques heures, les commentaires s'accumulent, entre éclats de rire et incompréhension. L'Insee rappelait encore récemment que l'inflation reste plus élevée à La Réunion qu'au niveau national, même si elle ralentit.
Écrire « prévoir un budget plus important pour votre séjour à Paris » n'aurait probablement suscité aucune réaction. Employer le terme « coût de la vie », sur l'un des sujets les plus sensibles pour les Réunionnais, a suffi à transformer une recommandation touristique en polémique.


8 commentaires
Une compagnie aérienne qui fait une erreur pareille sur un sujet aussi sensible, c'est un cours de gestion de crise à offrir à leur équipe com. Les 37% sur l'alimentaire, ça circule depuis des années, y'a aucune excuse pour publier ça sans vérifier. Alé !
On gère notre gîte depuis quatre ans maintenant et on entend souvent nos touristes métropolitains dire que c'est cher ici, surtout à la grande surface. Je comprends mieux pourquoi les locaux réagissent fort à cette phrase de Corsair. Est-ce que quelqu'un sait si la compagnie a répondu officiellement depuis ?
C'est le genre d'erreur qu'un simple ctrl+F sur les données INSEE aurait évitée. Mettre en ligne un truc pareil sans vérification basique, même un stagiaire dev te valide ça en deux minutes avec une recherche Google. La vraie vie chère ici c'est pas un bug, c'est du code legacy qu'on arrive pas à patcher depuis des années.
Moi j'ai travaillé à l'hôpital pendant trente ans, on gérait nos fins de mois à la calculette, et je peux dire que ça lé pa fasil ici depuis toujours. Corsair y connaît pas ce que c'est de faire ses courses à Leclerc du Tampon avec une petite retraite. Ils auraient dû demander à leurs passagers réunionnais avant d'écrire n'importe quoi.
J'ai une cliente qui revenait justement de Paris la semaine dernière, elle m'a dit qu'elle avait trouvé ça cher là-bas pour manger au resto, mais bon, ça reste pas pareil que payer ses courses tous les jours ici. La vie chère ici c'est pas le resto du samedi soir, c'est le caddie du mardi matin, ça c'est sûr.
Ce péi-la mérite mieux que ça.
Les 37% d'écart sur l'alimentaire, c'est pas une surprise pour ceux qui travaillent la terre ici. On produit local, on vend local, et pourtant le consommateur réunionnais paie plus cher qu'en métropole pour remplir son caddie. La coopérative on se bat là-dessus depuis des années. Corsair a juste mis le doigt sur quelque chose sans s'en rendre compte, et dans le mauvais sens.
J'ai lu ça deux fois pour être sûr. Ils ont dû écrire ça depuis un bureau à Roissy, jamais mis les pieds dans un supermarché par ici. Moi je loue des gîtes, les touristes qui arrivent sont souvent surpris par les prix à la caisse. Personne ne leur avait dit.