Le CHU de La Réunion a présenté mardi 23 juin des résultats financiers en nette amélioration : son déficit est passé de 69,1 à 40,3 millions d'euros en un an, soit une réduction de 42 %. La capacité d'autofinancement redevient positive, les recettes progressent grâce à une activité soutenue et les délais de paiement des fournisseurs commencent à se réduire. L'établissement vise un retour à l'équilibre en 2028.
Le directeur général Lionel Calenge attribue ce résultat à une mobilisation collective plutôt qu'à des coupes budgétaires. « On ne réduit pas un déficit de 42 % en une année sans une mobilisation constante, organisée, collective, interne et externe », déclare-t-il. Le plan de retour à l'équilibre repose sur un meilleur codage des actes médicaux, une optimisation des prescriptions, un suivi mensuel des dépenses et une amélioration des circuits administratifs. « Ce n'est pas sur un tableur Excel qu'on fait le PRE dans le bureau du directeur général. C'est toute la communauté hospitalière qui est mobilisée », résume-t-il.
Les effectifs ont continué de croître : 32 postes non médicaux créés en 2025, une cinquantaine de praticiens hospitaliers titularisés chaque année, et un plan exceptionnel de 101 titularisations supplémentaires. L'absentéisme a reculé de 12 %, une baisse que Lionel Calenge présente comme « la plus forte enregistrée » parmi les CHU français.
L'État accompagne cette trajectoire. Après près de 25 millions d'euros d'aides accordés en 2025, le directeur général de l'Agence régionale de santé, Jean-Jacques Coiplet, a annoncé une enveloppe supplémentaire de 11 millions d'euros pour soutenir la trésorerie et les investissements. L'objectif est de permettre à l'établissement de financer un programme d'investissements de près de 420 millions d'euros, couvrant les urgences, la santé mentale, la cancérologie et les activités de greffe. « Nous avons une difficulté capacitaire chronique, notamment en médecine d'urgence », précise Lionel Calenge.
La présidente du conseil de surveillance, Huguette Bello, nouvellement réélue, tempère l'optimisme ambiant. Elle pointe un déficit de capacités de 31 % en psychiatrie et de 30 % en soins médicaux et de réadaptation, et rappelle que le CHU affiche « le taux d'emploi hospitalier le plus faible de France, hors Mayotte ». Sur les effectifs hospitalo-universitaires, le constat est sévère : « Avec un effectif de 24 titulaires et 24 contractuels, le nombre d'hospitalo-universitaires est très en deçà de la moyenne nationale. Les CHU d'Amiens, Limoges, Poitiers ou encore Saint-Étienne disposent de près de 80 titulaires et environ 60 non-titulaires. Et ça, je trouve que ce n'est pas acceptable. »
Premier chantier concret à venir : les travaux du futur bâtiment Femme-Parent-Enfant du CHU Nord débuteront dès juillet.


10 commentaires
@TataYoyo, tu mets le doigt dessus. Moi je suis libérale donc je vois les patients avant qu'ils arrivent au CHU, et ce que je constate c'est que quand le CHU est en tension, tout le reste se grippe aussi, les sorties tardent, les rééducations s'enchaînent mal, les familles appellent. La réduction de l'absentéisme de 12 %, c'est une vraie bonne nouvelle si ça tient, parce que dans le 94 j'avais vu des services où les collègues tombaient les uns après les autres. Mais 40 millions de déficit qui restent, ça laisse peu de marge pour les investissements que Bello réclame.
Il y a un livre de Paul Morin sur les hôpitaux publics français qui montrait déjà dans les années 2000 que la santé financière d'un CHU ne dit rien, ou presque, de la santé des soins. On peut redresser un bilan et laisser une psychiatrie à l'abandon. Ce que dit Huguette Bello sur les 31 % de déficit capacitaire en psychiatrie, c'est exactement ce décalage-là. Les chiffres rassurent les financeurs, mais ils ne racontent pas ce que vivent les patients ni ceux qui les accompagnent.
@Alex, tu soulèves un vrai point. Dans une coopérative on fait pareil, quand l'année est bonne grâce à une subvention exceptionnelle on fait pas semblant que c'est juste notre génie de gestionnaire. Ce qui compte c'est si la structure tient debout quand l'aide s'arrête. En 2028 on verra si le CHU péi-la peut vraiment voler de ses propres ailes.
Mon médecin m'a envoyée aux urgences du CHU l'année dernière pour un truc au dos, j'ai attendu des heures sur une chaise, le couloir était plein à craquer. Alors la bonne nouvelle sur les chiffres c'est bien, mais quand Huguette Bello parle de "difficulté capacitaire" aux urgences, moi je peux confirmer que c'est pas du tout du baratin. Ils ont du boulot devant eux.
C'est un peu surprenant de voir ce genre d'article ici, mais en vrai le CHU touche tout le monde dans le péi. Quand je ramène des groupes de randonneurs blessés au retour de Mafate ou du Piton des Neiges, c'est là qu'ils atterrissent. Et les urgences débordées, on le ressent concrètement sur le terrain. Le chantier du bâtiment Femme-Parent-Enfant qui démarre en juillet, c'est une bonne nouvelle, même si 2028 comme horizon de retour à l'équilibre ça laisse du chemin.
Je veux pas jouer les rabat-joie mais une réduction de déficit portée en partie par 36 millions d'euros d'aides de l'État sur deux ans, ça change un peu la lecture du bilan. Si on retire ces aides exceptionnelles, la performance interne est réelle mais probablement plus modeste. C'est pas pour minimiser le travail fait, c'est juste pour avoir une vision honnête de ce qui est structurel et ce qui est conjoncturel.
Le mec cite Excel pour expliquer que son PRE c'est pas un projet de bureau, j'avoue le move est solide. Bon après 40 millions de déficit même réduit c'est quand même une sacrée dette à porter, j'aurais voulu voir le dashboard de suivi mensuel dont ils parlent.
J'ai passé plus de vingt ans comme aide-soignante au CHU, et je sais ce que ça coûte de tenir un service quand les moyens ne suivent pas. Ce que dit Huguette Bello sur la psychiatrie, ça me fait mal au coeur, parce que lé pa fasil pour les équipes sur le terrain depuis des années. Un beau tableau financier c'est bien, mais faut pas oublier ceux qui rentrent chez eux épuisés le soir.
Le retour à l'équilibre financier d'un établissement public de santé repose sur des mécanismes comptables spécifiques qui ne se comparent pas facilement à une entreprise privée. Ce qu'il faut surveiller, c'est la trajectoire de la capacité d'autofinancement sur les trois prochains exercices, pas seulement le recul du déficit affiché cette année. Le chiffre de 42 % est encourageant, mais il faudra voir si la dynamique tient sur la durée sans que l'État ne continue à injecter des enveloppes annuelles.
42 % de réduction du déficit en un an, c'est pas rien. Et sans coupes dans les effectifs en plus, ça montre que quand tout le monde pousse dans le même sens ça peut bouger vite. Bon courage pour la suite, 2028 c'est pas loin.