La reprise d'une liaison aérienne directe entre Saint-Denis de La Réunion et Victoria, capitale des Seychelles, est officiellement à l'étude. L'ambassadeur itinérant des Seychelles, Alain St. Ange, a rencontré ces derniers jours Hugues Marchessaux, président du directoire d'Air Austral, pour examiner les conditions économiques et opérationnelles d'un éventuel rétablissement de cette desserte, suspendue en 2024 en raison des difficultés financières de la compagnie réunionnaise.
Le scénario envisagé diffère sensiblement du modèle précédent. Il s'agirait cette fois de prolonger la liaison jusqu'en Europe, sur le modèle des grandes compagnies du Golfe, pour élargir le bassin de clientèle et assurer la viabilité économique des rotations. Aucun calendrier n'a été rendu public à ce stade.
La visite d'Alain St. Ange à La Réunion se tenait dans le cadre du 1er Sommet & Festival International des Chefs Créoles, organisé au MOCA, au domaine de Montgaillard. L'ambassadeur en a profité pour enchaîner les rencontres institutionnelles. Il a notamment échangé avec la présidente de Région, Huguette Bello, sur le tourisme, les croisières inter-îles portées par l'association des îles Vanille, et sur la culture créole comme facteur d'attractivité commun aux deux destinations.
La pêche s'est également invitée dans les discussions. Alain St. Ange a rencontré Wilfrid Bertile, conseiller régional délégué au co-développement dans la zone, pour évoquer la coopération halieutique entre les deux îles. Les eaux seychelloises, riches et étroitement surveillées par la Marine nationale française, font l'objet de convoitises — pirates et navires sans licence y sont régulièrement signalés. Dans ce contexte, l'entrée de la Région Réunion au capital de la SAPMER, société de pêche hauturière, dépasse le cadre d'un simple investissement économique.
Selon Alain St. Ange, des partenariats plus précis entre La Réunion et les Seychelles doivent être formalisés dans les prochains mois, avec notamment la mobilisation de fonds INTERREG Océan Indien et la poursuite des échanges techniques au sein de l'IORA et de la Commission de l'océan Indien.


11 commentaires
@Jean-Marc, la question est légitime. Ce qui est dit sur les fonds INTERREG Océan Indien mérite qu'on s'y attarde, parce que ces dispositifs ont des règles de programmation et d'éligibilité assez précises, et les délais de mobilisation ne sont pas ceux d'une décision politique de quelques semaines. Entre l'annonce d'un partenariat formalisé et le premier décaissement, on parle souvent de plusieurs exercices budgétaires. Je ne dis pas que c'est sans intérêt, mais l'expérience des coopérations régionales précédentes invite à ne pas confondre la dynamique diplomatique avec l'avancement opérationnel des projets.
@Tom Bib, tu as raison de souligner cette densité, et c'est justement là que je serais prudent. Quand autant de sujets sont abordés en une seule visite de quelques jours, le risque c'est que chacun reste au stade de la discussion de principe. L'INTERREG, l'IORA, la SAPMER, la coopération halieutique, c'est autant de dossiers qui ont leurs propres temporalités, leurs propres acteurs, leurs propres blocages. La vraie question c'est de savoir si derrière cette visite y'a un pilote de projet dédié côté Région ou côté État pour faire avancer les choses concrètement. Sans ça, on revient dans six mois avec le même article et les mêmes intentions.
Je me souviens d'un groupe que j'avais guidé dans Mafate, y'avait un couple de Seychellois qui m'expliquait à quel point les deux îles se ressemblent sur certains points, la végétation tropicale, le rapport à la mer, l'histoire mélangée. L'idée de relier les deux destinations pour les touristes européens en quête de nature, ça fait vraiment sens. Un voyageur qui vient voir nos cirques et enchaîne sur les plages de granit des Seychelles, c'est un séjour complet et cohérent.
@Maéva, exactement, et ce que je trouve intéressant c'est l'angle culture créole mis en avant par St. Ange. Si La Réunion et les Seychelles commencent à se vendre ensemble comme destinations créoles auprès des Européens, ça change complètement le storytelling touristique. Les agences digitales et les créateurs de contenu du péi auraient vraiment un rôle à jouer là-dedans, mais pour l'instant personne ne les sollicite.
Moi ce qui m'intéresse c'est de savoir si derrière ces belles annonces y'a des marchés concrets pour les entreprises réunionnaises. Parce que parler de coopération halieutique et de fonds INTERREG c'est bien joli, mais sur le terrain on attend encore les retombées des accords signés il y a dix ans. J'ai un cousin qui travaille dans la maintenance aéronautique, si Air Austral relance des rotations régulières ça peut créer de l'activité locale, ça oui. Mais faut que ça se concrétise, pas juste rester au stade des réunions institutionnelles.
@TataYoyo, pareil pour nous côté Saint-Leu, j'ai des clients européens qui me demandent si depuis La Réunion on peut facilement enchaîner sur les Seychelles pendant leur séjour. Quand je leur explique que c'est plus possible en direct ils font la grimace et certains préfèrent rester sur Maurice. On perd des touristes à cause de ça, c'est concret. Vivement que ça reprenne, un axe Europe-Réunion-Seychelles ça changerait vraiment quelque chose pour tout le secteur ici.
Ce qui me frappe dans cet article, c'est la densité des sujets brassés en une seule visite diplomatique : aérien, tourisme, pêche hauturière, culture créole, fonds européens. Cela rappelle un peu la manière dont les petits États insulaires doivent constamment jouer sur plusieurs registres à la fois pour peser dans les négociations régionales. Amitav Ghosh dans ses essais sur les océans comme espaces politiques dirait qu'on sous-estime toujours la dimension géostratégique de la mer. L'entrée de la Région au capital de la SAPMER mérite vraiment un article à part entière.
Le modèle calqué sur les compagnies du Golfe ça sonne bien sur le papier, mais Air Austral a déjà des difficultés financières documentées, c'est d'ailleurs pour ça que la liaison a été suspendue. Qui finance la montée en charge ? L'article ne dit rien là-dessus. Et les fonds INTERREG c'est pour la coopération régionale, pas pour subventionner des routes aériennes commerciales, non ?
J'ai eu un client la semaine dernière, un gars dans le tourisme, qui m'a dit que les Seychelles ça lé pa fasil à atteindre depuis chez nous depuis que Air Austral a arrêté. Il prenait des correspondances via Dubaï, trois heures de plus. Si la ligne repart, y'a des gens qui attendent ça.
Mon mari et moi on avait pris ce vol pour nos 40 ans de mariage, c'était beau les Seychelles. Quand ils ont supprimé la liaison ça nous a fait mal au coeur, on espérait y retourner. Pourvu que ça reprenne vraiment cette fois, pas juste des promesses.
Une liaison directe Réunion-Seychelles c'est clairement une opportunité pour développer les échanges commerciaux dans la zone. Si Air Austral arrive à caler ça sur un axe Europe, le bassin de clientèle explose et ça profite aussi aux petits acteurs locaux qui veulent exporter. Je regarde ça de très près.