EDF Réunion a lancé mercredi 20 mai la concertation publique autour du projet Hydro Tanika, une station de transfert d'énergie par pompage (STEP) qui utiliserait l'eau de mer comme réservoir inférieur — une configuration présentée comme une première mondiale. Prévue pour entrer en service en 2033, l'installation délivrerait une puissance de 50 MW pendant huit heures consécutives.
Le principe est celui d'un système hydraulique à deux niveaux. Un bassin de 800 000 mètres cubes sera construit sur les hauteurs de La Montagne, à Saint-Denis, à environ 300 mètres d'altitude, sur une zone de treize hectares d'anciens terrains agricoles appartenant à la commune. L'océan Indien fera office de retenue basse. Pendant les heures creuses, quand le solaire et l'éolien produisent plus que la consommation ne le demande, l'énergie excédentaire pompera l'eau de mer vers le bassin en altitude. En fin de journée, cette eau sera relâchée pour entraîner des turbines et absorber les pics de demande. « Ces réserves peuvent être mobilisées dans un délai de l'ordre de la milliseconde », indique Dominique Charzat, directeur régional d'EDF Réunion, soulignant la réactivité du dispositif face aux variations du réseau électrique insulaire.
Les travaux débuteraient en 2028. Le financement, estimé à plusieurs centaines de millions d'euros, sera partiellement assuré par la Banque des Territoires. Le montant précis n'a pas été communiqué. Le projet figure déjà dans la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).
Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis, a qualifié l'ouvrage de « première mondiale » et évoqué sa contribution à « la souveraineté énergétique » de l'île. La commune prévoit par ailleurs la création d'un téléphérique urbain dans le secteur de La Montagne pour faciliter l'accès au site pendant le chantier. Jean-Pierre Chabriat, conseiller régional chargé de la transition écologique, a précisé que d'autres projets de STEP — non marines — sont à l'étude, pour un potentiel cumulé de 98 MW inscrits à la PPE.
La question du coût de l'électricité produite reste sans réponse. Dominique Charzat a renvoyé la décision à la Commission de régulation de l'énergie, compétente pour fixer les contrats d'achat. Jean-Pierre Chabriat a mis en avant la durée de vie des STEP — entre cinquante et cent ans — pour les distinguer du stockage par batteries au lithium, dont la gestion des déchets pose des problèmes d'une autre nature. Les études de terrain sont toujours en cours.


7 commentaires
La Montagne, c'est un secteur que je connais bien, j'y emmène des groupes régulièrement. La végétation là-haut, les vieux filaos, les zones un peu sauvages au-dessus des habitations, ça a quelque chose de particulier. Treize hectares sur d'anciens terrains agricoles, i fo quand même voir ce que ça représente visuellement une fois les travaux engagés. Je ne suis pas contre le projet, l'idée d'un stockage naturel sans batteries c'est intéressant sur le fond. Mais j'espère que la concertation ne va pas esquiver la question du paysage et de l'impact sur les sentiers qui passent dans ce coin.
@David, la question du tarif est légitime, mais il faut aussi mettre en face la durée de vie de l'ouvrage. Si l'installation tient cinquante à cent ans comme annoncé, le coût ramené à l'année et au mégawattheure produit change sensiblement le raisonnement. Ce qui me préoccupe davantage, c'est l'absence de chiffrage précis du financement total. Plusieurs centaines de millions, c'est une fourchette très large pour un projet censé être inscrit à la PPE depuis un moment. On parle quand même d'argent public via la Banque des Territoires.
Un téléphérique à La Montagne en plus de tout ça, les marmay vont pas en revenir. De mon temps on grimpait à pied pour aller voir la vue. Blague à part, si ça permet à l'île de moins dépendre de ce qui vient de loin pour l'électricité, wi, c'est une bonne chose.
Le projet est inscrit dans la PPE, cofinancé par la Banque des Territoires, porté par un opérateur historique, avec une entrée en service à horizon 2033. Sur le papier, le cadre institutionnel semble solide. Ce qui reste ouvert, c'est effectivement la question tarifaire renvoyée à la CRE, et dans ce type de montage, on sait que c'est souvent là que les discussions les plus délicates se jouent.
Un projet qui transforme les énergies excédentaires en réserve pour les moments de pointe, y'a vraiment une belle logique de flux là-dedans. Ce qui me touche c'est cette idée de ne pas gaspiller ce qu'on a déjà produit. Bon, on attend de voir si la réalité suivra en 2033, mais l'intention est belle.
Première mondiale à La Réunion, ça en jette ! Mais le coût du kilowattheure produit, on saura quand exactement ? Parce que moi chaque mois ma facture EDF elle pleure, et là on parle de plusieurs centaines de millions d'euros sans prix annoncé, c'est un peu court.
Ce qui m'interpelle, c'est les treize hectares d'anciens terrains agricoles à La Montagne. On dit 'anciens' comme si c'était réglé, mais ces terres-là ont une histoire, elles ont nourri des gens. J'espère que la concertation publique va vraiment laisser la parole aux agriculteurs du secteur et pas juste cocher une case. Un projet de cette envergure mérite qu'on prenne le temps.