Entre 2020 et 2023, le nombre d'exploitations agricoles à La Réunion est passé de 6 283 à 5 885, soit un recul moyen de 2,2 % par an, selon une étude Agreste publiée par la Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt (DAAF) en avril 2026. Derrière cette contraction globale, tirée en grande partie par le déclin de la filière canne, la production de fruits, légumes et tubercules suit une trajectoire bien différente.
Le nombre de producteurs concernés se stabilise à 3 520 exploitations recensées en 2023. Les surfaces cultivées, elles, progressent jusqu'à 15 % sur trois ans. Ce chiffre traduit avant tout un mouvement de concentration : les exploitations de taille moyenne ont augmenté de 21 %, les grandes structures de 32 %, tandis que les micro-exploitations perdaient du terrain, en nombre (-7 %) comme en superficie.
En 2023, les exploitations de moins de 2 hectares représentent encore 72 % des unités de production, mais ne couvrent plus que 32 % des surfaces. Les structures les plus importantes, à l'inverse, renforcent leur emprise sur le foncier agricole réunionnais.
Le développement des serres accompagne cette recomposition. Les surfaces sous abri ont progressé de 30 % en trois ans, portées principalement par la tomate et la courgette. Près de 480 producteurs déclarent aujourd'hui recourir à ce type d'équipement, en partie grâce à des dispositifs d'aide à l'investissement.
Côté cultures, les fruits dominent avec 63 % des surfaces consacrées aux fruits, légumes et tubercules. La banane, l'ananas et la mangue concentrent l'essentiel des volumes. Les légumes occupent 29 % des surfaces, cultivés majoritairement en plein air. Les tubercules restent minoritaires à 7,4 %, malgré une progression notable de la patate douce et du manioc.
La filière pèse lourd sur l'emploi agricole de l'île : environ 5 700 équivalents temps plein en 2023, soit 60 % de la main-d'œuvre du secteur. L'emploi global se maintient, mais sa composition change — la main-d'œuvre familiale progresse, tandis que les salariés non familiaux reculent.


9 commentaires
Moi ce que je vois dans ma boutique c'est que les fruits et légumes locaux coûtent de plus en plus cher à l'achat pour moi, même quand les surfaces augmentent. On me dit que la production monte, mais le prix au détail ne baisse pas. Les grossistes mangent la différence ou c'est autre chose ? Mes clients ils comparent toujours avec les produits importés et c'est une bataille que je gagne pas souvent.
@Jean-Marc, le problème des aides qui mettent des mois à débloquer c'est exactement le même dans la tech et les startups, les dispositifs existent sur le papier mais le pipeline administratif est cassé. Y'a des outils qui permettent de tracker l'avancement des dossiers en temps réel maintenant, quelques conseillers DAAF commencent à les utiliser. Reste à savoir si ça s'applique aussi aux dossiers d'installation de serres ou si c'est encore du 100% papier.
La banane, la mangue, l'ananas... le péi-la a toujours nourri les siens avec ça. C'est bien que les surfaces progressent.
@Sandrine, tu as bien raison sur le foncier, mais moin lé pas sure que tout le monde regarde ça de cet angle-là. Mon défunt père avait moins d'un hectare au Tampon, il cultivait ce qu'il fallait pour la famille et vendait le reste au marché. C'était pas rentable sur le papier, mais tout le monde mangeait bien et personne faisait des calculs. Là on parle de grandes structures, de serres, de dispositifs d'aide, et moi je me demande ce que deviennent les vieux petits producteurs qui ont pas les reins pour suivre tout ça.
Ce qui me frappe c'est le chiffre de 5 700 équivalents temps plein. Dans mon secteur à moi, libéral, on est comptés différemment et souvent mal, alors je me demande si ces équivalents temps plein intègrent bien les travailleurs saisonniers ou les aidants familiaux qui font des mi-temps de fait. En métropole on avait les mêmes flous dans les stats sanitaires, ça prenait des années avant que les chiffres reflètent la réalité du terrain.
Pour compléter ce que je disais sur la charge fiscale : quand la main-d'œuvre familiale progresse au détriment des salariés, ça soulève aussi une question de couverture sociale réelle. Un conjoint aidant non déclaré ou sous-déclaré, c'est une économie de cotisations à court terme, mais une exposition en cas d'accident ou de maladie professionnelle. Les exploitations qui grossissent ont tout intérêt à formaliser ces situations avant qu'un contrôle ne le leur impose.
Ce mouvement de concentration, lé exactement ce qu'on voit dans plein d'autres secteurs en ce moment. Les petits producteurs à moins de 2 hectares font encore 72% des exploitations mais ne contrôlent plus que 32% des surfaces, ça parle.
Les serres en hausse de 30%, c'est bien beau, mais qui les construit ces serres ? Moi j'ai eu deux chantiers d'installation l'année dernière et à chaque fois le client galérait pour débloquer les aides, des mois d'attente. Le dispositif existe sur le papier, dans la réalité c'est une autre histoire.
Les chiffres sur la concentration foncière méritent qu'on s'y attarde : les grandes structures représentent une part croissante des surfaces mais je me demande comment évolue leur charge fiscale et sociale en parallèle. Quand la main-d'œuvre familiale remplace des salariés non familiaux, ça change aussi la donne en termes de cotisations et de masse salariale déclarée. L'article donne de bonnes bases mais il manque un éclairage sur la rentabilité réelle de ces exploitations agrandies.