En quarante ans, l'agriculture réunionnaise a vécu un chamboulement complet. L'étude d'Agreste La Réunion (n°7, décembre 2025) révèle des chiffres sans appel : le nombre d'exploitations a chuté de 20 800 en 1980 à 6 300 en 2020, soit une baisse de 70 %. Dans le même temps, la surface agricole utilisée (SAU) s'est réduite de 54 000 à 38 800 hectares. Cette perte de 16 000 hectares s'explique en grande partie par le recul de la canne à sucre.
Les micro-exploitations ont quasiment disparu du paysage. Celles de moins d'un hectare sont passées de 8 000 à 1 200 unités. Le service statistique explique cette évolution par la restructuration foncière qui a suivi la fin du colonat et la redistribution des terres. Résultat : les surfaces se concentrent. En 1980, deux exploitations sur trois faisaient moins de 2 hectares ; en 2020, cette proportion tombe à 35 %. À l'inverse, les exploitations de plus de 10 hectares ont été multipliées par sept.
L'autre changement frappe par son ampleur : la spécialisation. En 1980, 75 % des exploitations combinaient culture et élevage. Quarante ans plus tard, seules 15 % conservent ce modèle mixte. Les exploitations exclusivement végétales dominent désormais avec 65 % des structures et 58 % des surfaces cultivées. La canne à sucre reste en tête, mais sa part recule de 61 % à 55 % des terres cultivées. Les cultures fruitières progressent nettement : elles concernent 36 % des exploitations en 2020, contre 16 % en 1990.
L'élevage a lui aussi basculé. Les poulets de chair ne représentaient que 10 % du cheptel en 1980, ils en forment aujourd'hui 34 %. Le nombre de producteurs diminue, mais les élevages grossissent : de 75 volailles par exploitation en 1980, on passe à 1 900 en 2020. Le cheptel porcin perd du terrain, sa part chute de 48 % à 29 % du cheptel total.
Le rapport à la terre évolue aussi. En 1980, le faire-valoir direct couvrait 67 % des surfaces ; ce taux chute à 44 % en 2020. Le fermage devient majoritaire, particulièrement pour la canne où il s'étend sur près de la moitié des surfaces. Le colonat, jadis omniprésent, a disparu.
Quatre décennies après la réforme agraire des années 1970 et la modernisation des années 2000, l'agriculture réunionnaise a changé de visage. Moins nombreuse, plus spécialisée et plus professionnelle, elle garde néanmoins son caractère familial, avec une surface moyenne d'exploitation d'environ 6,4 hectares.


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