Les Jeunes Agriculteurs de La Réunion tirent la sonnette d'alarme sur la filière canne. Malgré les mesures annoncées pour soulager les trésoreries, ils jugent la situation critique et craignent la disparition de certaines exploitations dans les mois qui viennent. Après une campagne 2025 aux tonnages historiquement faibles et à la richesse dégradée, leur président Guillaume Sellier estime que les interventions actuelles ne suffiront pas.
Le Centre Technique Interprofessionnel de la Canne et du Sucre (CTICS) a comptabilisé environ 1,13 million de tonnes de cannes réceptionnées cette année, un chiffre proche de celui de 2024 qui confirme une tendance inquiétante. Ce niveau reste très en dessous des normes d'avant 2020.
Les conditions climatiques plus clémentes en seconde partie de campagne ont permis de limiter la casse, mais la richesse des cannes reste problématique, particulièrement dans l'Est. À Bois-Rouge, la richesse moyenne tourne autour de 10,35, soit près de trois points de moins que la moyenne décennale. Au Gol, bien qu'en baisse par rapport à l'année précédente, elle reste supérieure à celle de l'Est.
Cette dégradation provoque une chute des revenus pour les planteurs, déjà mis à mal par des coûts de production élevés.
Dès l'automne, anticipant cette fin de campagne difficile, les Jeunes Agriculteurs avaient interpellé Tereos et l'interprofession pour réclamer des mesures spécifiques. Les trop-perçus liés aux avances de campagne ont placé de nombreux planteurs dans une situation délicate, la richesse ayant été inférieure aux prévisions. Malgré les aides mobilisées, comme les reliquats de l'aide à la production et les dispositifs exceptionnels post-cyclone Garance, les pertes de revenus ne sont pas compensées.
Lors d'une réunion du comité paritaire interprofessionnel de la canne et du sucre (CPCS), plusieurs mesures ont été annoncées pour alléger la trésorerie des exploitations à court terme. Tereos a décidé de reporter de 400 000 à 500 000 euros de trop-perçus de campagne sur l'exercice suivant. Par ailleurs, 70 % des recettes de la bagasse-énergie, estimées entre 17 et 18 euros par tonne, serviront à rembourser une partie de ces trop-perçus.
Pour le dispositif PAY'KAN, qui finance les intrants, les remboursements restants seront étalés sur les deux prochaines campagnes afin de réduire l'impact financier immédiat. Enfin, des reliquats d'aide à la production, chiffrés entre 11 et 12 millions d'euros, devraient être disponibles dès février pour compenser une partie de la richesse au bassin de Bois-Rouge.
Mais Guillaume Sellier doute de l'efficacité de ces mesures. Il reconnaît que ces annonces vont dans le bon sens, mais les juge insuffisantes face à l'ampleur du problème des trop-perçus. Il réclame des solutions exceptionnelles, car la situation devient critique pour certaines exploitations.
Laurent Tamon, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs, partage ces inquiétudes et redoute des défaillances rapides parmi les petites exploitations, tant les conséquences de cette campagne peuvent être lourdes.
Les Jeunes Agriculteurs gardent espoir mais mesurent les enjeux pour la prochaine campagne. Ils estiment que sans le cyclone Garance, la campagne 2025 aurait pu être plus favorable. L'avenir de la filière se joue maintenant sur l'intersaison, une période déterminante pour la fertilisation et l'entretien des parcelles. Ces investissements sont indispensables mais difficiles à réaliser sans une trésorerie solide.
Guillaume Sellier attend des actions concrètes lors des États généraux de la canne. Il regrette l'absence de nouveaux engagements financiers régionaux et les difficultés dans la gestion des aides européennes.
Les Jeunes Agriculteurs maintiennent leur alerte : sans des décisions fortes et rapides, la filière canne pourrait entrer dans une phase de fragilisation durable.


0 commentaire
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier !